ÉTAPE 71 : 70 KM SOUS LA PLUIE

Samedi 17 août, arrivée à Ehrendorf 95 km, pluie pratiquement toute la journée.

Je prends conscience ce matin de la grande chance que j’ai eu hier de tomber en panne devant une maison de pèlerin. Je ne sais vraiment pas comment je n’en serais sortie s’il avait refusé de me recevoir. Car là j’aurais du faire face à un problème physique, mon incapacité à mouvoir le vélo du au fait qu’il n’a pas de roue libre. C’est vraiment un handicap mais c’est la première fois que je me trouve dans cette situation due à l’impossibilité de connaître le niveau de ma batterie. J’espère qu’un jour, on saura résoudre ce problème car c’est vraiment dommage.

Après un très bon déjeuner, je pars. La météo qui est annoncée est exécrable et cela sera vraiment le cas. Hormis une accalmie en milieu de journée, j’aurais pratiquement de la pluie pendant tout le trajet et quelque fois de la pluie vraiment forte. Et là, je peux vous dire que j’apprécie vraiment le Veltop. Car même si je suis mouillée, vu la quantité de pluie qui tombe, je ne suis pas du tout mouillée à l’intérieur de mes vêtements, ce qui n’a pas de prix car je n’ai pas froid. J’ai juste les chaussures trempées, car le petit espace sur le pare brise qui permet de bien voir, laisse passer un peu d’eau qui tomber directement sur les chaussures. Comme je n’ai pas trouvé de protection chaussures pour la pluie, mes chaussures ne sont pas protégées et elles mouillent. Mais pas au point que j’ai froid aux pieds, alors tout va bien. Je peux maintenant reprendre la piste cyclable, car là elle est en bon état. Et heureusement car la densité de voitures est importante et le bruit toujours très fort.

En pleine campagne, loin de toutes maisons, je passe à côté d’un mur anti-bruit, c’est assez surréaliste et drôlement moche. Par contre, moi qui roule à côté, cela amortit vraiment bien le bruit. Mais seulement pour un petit moment car ce mur n’est pas long.

A un moment, je croise un vélo couché, mais vraiment couché. Je ne sais pas comment on fait pour rouler dans cette position. Quid de l’équilibre et de la vue ? Cela ne me tente pas du tout. Quand je vois cela, je me demande vraiment pourquoi on ne fait pas la distinction entre vélo assis et vélo couché, car cela n’a rien à voir. D’ailleurs, je précise souvent que j’ai un vélo couché où je suis assise !…Je me suis arrêtée pour prendre la photo et je lui dis bonjour. Mais il passe et m’ignore superbement. Et à chaque fois, je pense à Michaël, le marcheur si sympathique rencontré, qui me disait qu’il avait cessé de saluer les cyclistes car ceux-ci ne lui répondaient jamais. C’est vrai que beaucoup ne sont pas aimables, cela m’a frappée au cours de ce voyage car dans les voyages précédents, j’en avais croisé peu et on s’arrêtait systématiquement.

Il est midi, j’ai fait 60 km et je dois m’arrêter pour recharger ma batterie par sécurité. Je sais que je peux faire à peu près 135 km avec cette batterie en gérant bien ma consommation mais en aveugle comme je suis par rapport au niveau de ma batterie, la sécurité veut que je recharge à midi. Je m’arrête dans un garage de réparation pour demander la permission de recharger ma batterie. Ils sont 6 sur le pas de la porte du garage à fumer et boire une bière et à ma grande stupéfaction, ils refusent car dans 5mn ils partent, c’est la fin de leur travail. C’est vrai qu’on est samedi donc j’en conclue qu’ils ne travaillent pas le samedi après-midi. Mais l’un d’entre eux est plus serviables que les autres, va décrocher une prise extérieur reliée à un camion et me la tend. Je mets immédiatement ma batterie en charge mais j’avais prévu de le faire à l’intérieur à cause du temps. Et cela n’a pas raté. Au bout d’une heure, il se remet à pleuvoir et je dois tout ranger en vitesse. Cela n’est pas le moment de bousiller mon chargeur sous la pluie car je reviendrais à la case départ, sans rien. Je reprends la route mais je me fixe comme limite le nombre de 100 km pour ne pas retomber en panne sèche.

La pluie s’arrête pour un petit moment puis reprendra très vite. Je traverse une petite ville qui a 2 bâtiments très curieux et complètement incongrues, en style château-fort. Ces 2 bâtiments sont au milieu de belles maisons en briques, elles sont grises et de mon point de vue, bien moches.

Je serais curieuse de savoir leur histoire et comment elles ont pu arriver là.

Je continue tranquillement sous la pluie qui s’est mise à tomber fort quand soudain mes pédales se bloquent nettes. Je suis complètement surprise car cela ne m’est jamais arrivée. Je pense que j’ai un problème de changement de vitesse (ce qui est idiot car cela ne bloquerait pas les pédales), mais comme les pédales sont à l’avant et le système de changement de vitesse Pinion est aussi à l’avant, je fais l’amalgame. Toutes les vitesses passent bien sans problème (avec le système Pinion, on peut passer les vitesses à l’arrêt très facilement). Je ne vois rien du tout qui bloque les pédales. Je descends de vélo. Je regarde toute la chaîne et je ne vois rien. Je remonte sur le vélo, j’essaie de repartir mais rien à faire, je ne peux pas tourner les pédales. Et le spectre du voyage que je ne peux pas finir réapparaît. Je redescends de vélo. Il me faut trouver et comprendre ce qui se passe, c’est trop absurde. Je réexamine très lentement toute la chaîne et là, je vois quelque chose qui m’avait échappée la première fois. J’ai oublié, quand j’ai remis la batterie en place, de la sécuriser par une sangle que j’ai mise. Celle-ci s’est enroulée, extrêmement proprement autour du plateau arrière, ce qui fait que c’est peu visible. Je la sors doucement du plateau. Elle n’est même pas cassée. Je la refixe sur la batterie et je remonte sur le vélo. Et curieusement, je n’ai plus aucun problème de blocage. C’est vraiment une situation qui était totalement absurde et dans le contexte où je suis, tout problème survenant, même petit est amplifié par la crainte de ne pas arriver à finir. Je reprends la route et cela m’a galvanisée. Je veux vraiment finir ce voyage à vélo. Mais 10 km plus loin, bien qu’ayant envie de continuer, je sais qu’il est plus raisonnable de chercher à s’arrêter, j’ai déjà 95 km au compteur de mon GPS. Et là, je décide de m’enfoncer un peu dans la campagne. Je vois un groupe de 4 maisons et je m’arrête à la première. Il faut que je reprenne confiance en moi, confiance ébranlée lors du vol. J’aborde donc cette maison avec la ferme intention de faire une belle rencontre. Je frappe et l’homme qui m’ouvre ne parle pratiquement pas l’anglais. C’est mal parti mais par contre il est souriant. Je vois qu’il ne comprends rien de ce que je raconte. Il finit par appeler sa femme qui parle un peu anglais. J’essaye d’expliquer ma situation mais je vois qu’elle a du mal à comprendre aussi. Mais je pense qu’ils ont compris l’essentiel: j’ai besoin d’aide. Ils se regardent, discutent entre eux et moi, en face d’eux, je leur souris, je ne peux faire que cela. Et ils finissent par me dire « oui ». Ouf, je serais accueillie ce soir et ma première demande a été positive, c’est bon pour le moral. Ils me montrent une chambre puis la femme va me préparer un excellent repas. Pendant ce temps là, le mari m’installe dans son bureau et me propose un verre de vin. Mais c’est un fumeur invétéré. Il enchaîne cigarette sur cigarette à l’intérieur de la maison et sans fenêtre ouverte. Je n’ai vraiment pas l’habitude de cela et au bout d’une demi-heure, j’ai mal à la tête. Heureusement, sa femme vient nous dire que le repas est prêt et pas de cigarette pendant le repas. Mais il reprendra dès la fin du repas. Je pense qu’il en est à plus de 3 paquets de cigarette par jour. Il vient de prendre sa retraite. J’espère pour lui qu’il en profitera un peu.

Merci Anne et Grégor pour votre accueil chaleureux. Je sais que vous ne lirez pas ce blog, c’est pourquoi je vous ai remercié chaleureusement (comme je le fais toujours) de vive voix. Et je souhaite une bonne santé à Gregor. Puisse t-il guérir de son addiction à la cigarette.

3 réflexions sur « ÉTAPE 71 : 70 KM SOUS LA PLUIE »

  1. Bonjour Corinne, il apparaît que la chance vous sourie à nouveau et nous en sommes fort aise. Hier j’ai commis une faute de frappe en indiquant qu’il vous restait 2000 km environ. Vous ayant située sur la carte au moyen de votre balise, il en reste en gros que mille pour le retour at home. Bon courage, le temps s’améliore en piquant au sud.

    Ici, grand soleil et 27° à 1000 m chez nous.
    Bonne route et à demain.
    Nous vous embrassons

    YB + EB

    1. Bonjour Yves, Bonjour Edith
      Oui, j’avais vu cela. Je suis vite allée voir sur Openrunner si je m’étais trompée de 1000 km car cela faisait beaucoup mais j’ai vu qu’il n’en était rien. Ici très mauvais temps, mais la météo annonce une belle semaine. Je sens que le soleil va me narguer avec mes panneaux solaires en panne !…

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