ETAPE 70 : PANNE SÈCHE

Vendredi 16 août 2019, arrivée à Heilshorn, 130 km, temps nuageux et soleil.

A 7h30, je rejoint Anne Marie chez elle pour prendre le petit déjeuner, elle est entrain de lever sa fille de 2 ans qui est adorable. Puis nous prenons un café. Je lui explique juste que j’ai eu froid cette nuit car on ne m’avait donné qu’un drap et comme je n’ai plus de sac de couchage, je ne peux pas me protéger du froid. Aussi j’ai dormi toute habillée mais j’ai quand même eu froid, ce qui fait que je me suis réveillée plusieurs fois la nuit. En partant, Anne Marie sort du frigidaire un petit sac car elle m’a aussi préparé le pique nique. Quelle gentillesse.

Il a beaucoup plu dans la nuit et la route est très trempée. Par contre je n’aurais dans la journée qu’un quart d’heure de pluie, alors je n’ai pas à me plaindre du temps. Quand il y a du soleil, tant mieux pour moi, mais cela n’a plus aucun effet sur le vélo puisque tout le système solaire est hors de fonctionnement. Je suis en forme physique alors je roule bien, j’ai un bon rythme. J’espère que je ne sollicite pas trop la batterie mais tant que je ne branche pas mon chargeur, je n’ai aucune idée du niveau de la batterie en cours de route. Je vais peut-être un peu trop vite mais j’ai tellement hâte de rentrer à la maison. Voyager avec un vélo pareil en situation dégradée n’est vraiment pas agréable car c’est source d’inquiétude.

Les paysages ne sont pas très variés et toujours avec des éoliennes qui ont vraiment envahies l’Allemagne. Et au niveau culture, on trouve beaucoup de champs de maïs, ce qui n’est pas étonnant vu le nombre de troupeaux de vaches que je voie car il faut bien leur donner de l’ensilage de maïs pour les vaches laitières afin d’avoir un bon rendement de lait.

Quand on sait que de plus en plus de champs de maïs sont irrigués alors que la terre se réchauffe et qu’il y a de moins en moins d’eau, ce système ne va plus tenir la route à un moment.

Je passerais la matinée à me battre avec mes 2 applications GPS qui, lorsque sont réglées sur « voyage à vélo », pour une raison que j’ignore, se refusent à ce que je prenne un ferry. Elles veulent me faire faire un détour de 50km pour que je prenne un pont. Et quand je règle sur « voyage en voiture », elles me font prendre l’autoroute alors que dans les réglages, j’ai interdit les autoroutes. Tout cela est bien mystérieux.

Lorsque j’arrive au traversier (comme dirait nos amis canadiens), j’ai de la chance car un bateau va juste partir et je peux monter dedans. Il y a déjà 5 vélos dont 3 avec sacoches et assistance électrique. Les VAE (vélos à assistance électrique) gagnent vraiment de plus en plus de terrain.

Mais le temps passe et j’ai déjà fait 70 km. Il faut que je sois méfiante et que je mette ma batterie en charge. Je m’arrête près d’une maison et immédiatement j’ai l’accord de charger. Ils me recevront très gentiment, m’offriront le café et je pourrais discuter pendant 2 heures avec la femme qui ne part pas travailler car elle s’occupe de ses enfants.

Merci à vous pour ce breakfast très agréable. Je repars et je suis pressée d’avancer. Il est 15h30 et je me donne 3h de pédalage. J’espère ainsi faire un minimum de 60 km mais il faut que je fasse attention à ma vitesse car la batterie n’est pas pleine, ce n’est pas possible en 2h. La route est belle et par chance, pas beaucoup de voiture alors j’avance bien. Puis je finis par me dire qu’il est 18h30 et que je dois trouver un lieu pour la nuit.

Les maisons sont espacées le long de la route. Je m’arrête près d’un grande maison et j’essuie un refus très aimable avec toujours la même excuse bidon qui est « nous ne pouvons vous recevoir car nous allons sortir ». Pourquoi les gens ne peuvent simplement pas dire non. Neuf fois sur dix, en cas de refus, c’est cette phrase que l’on me dit. Je trouve étrange de ne pas assumer ses choix. Je comprends parfaitement le refus (s’il est exprimé gentiment !…). Je continue et je roule doucement car, je ne sais pas pourquoi, je me dis qu’il faut économiser la batterie… Mais c’est trop tard, 2 km plus loin, c’est la panne sèche, plus de batterie. Et je ne peux plus faire avancer le vélo, entre le poids trop lourd et la roue motrice qui freine car elle n’a pas de position roue libre, c’est trop d’effort pour moi. Je me trouve complètement idiote d’être dans cette situation car elle était totalement prévisible. Pédaler sans pouvoir contrôler le niveau de sa batterie est une situation à risque, j’en ai la preuve. J’ai fait 130 km et maintenant je suis bien avancée. Je sais que l’erreur est due au fait que je pédale trop vite, donc je consomme trop de batterie. Et maintenant, je suis plantée. Je suis juste en face d’une maison isolée dans la forêt. Je pousse mon vélo jusque devant chez eux (la maison est de l’autre côté de la route). J’ai intérêt à être bonne dans ma communication car sinon, je suis dans la « merde ». Je frappe, un femme ouvre. Elle ne parle pas beaucoup l’anglais, je me dis que je suis mal partie. Par chance, elle appelle son mari qui parle anglais. Et l’accueil est immédiat, c’est un marcheur, pèlerin (il a fait la route de Saint Jacques de Compostelle il y a peu de temps) et fait des marches dans les montagnes en France (et il fait aussi du vélo !). Quelle chance, je l’ai échappé belle. Je ne sais vraiment pas ce que j’aurais fait en cas de refus.

J’ai une dernière grosse frayeur quand je branche le chargeur. Comme la batterie est vide, l’écran du chargeur indique « connectez la batterie » alors que celle-ci est connectée. Est-ce que j’ai bousillé ma batterie ? Au bout de 5 mn, il finit par afficher le nombre de Volt, 38,2V alors que le minimum à ne pas dépasser est 40V. J’ai vraiment fait l’imbécile sans le vouloir. Dorénavant, interdiction de faire plus de 105 km par jour et il me faut rouler plus doucement si je veux finir ce voyage.

Merci à vous Suzanne et Bern pour votre accueil si chaleureux qui m’a permis d’oublier l’erreur que j’avais faite et qui, grâce a vous, a été sans conséquence.

8 réflexions sur « ETAPE 70 : PANNE SÈCHE »

  1. Bravo Corinne, décidément, rien ne te fera baisser les bras, et un petit peu de chance est toujours au bout de ton chemin, tant mieux.
    Allez courage, tu avances bien, malgré tous ces déboires.
    Philippe et moi t’embrassons très fort.

  2. Bonjour Corinne, bravo pour votre courage et votre persévérance ! Décidément, ce voyage en Europe du Nord vous aura occasionné plus de problèmes que lors de votre périple vers Canton ! Si votre route du retour passe par la Belgique et par la Meuse en particulier, faites moi signe par Messenger. Nous pourrons vous accueillir pour la nuit si vous le souhaitez.

    1. Bonjour Simon
      C’est vrai que durant ce voyage direction Cap Nord, j’ai eu un paquet « d’emmerdes ». Mais c’est seulement maintenant que je m’aperçois de la chance que j’ai eu en allant à Canton.
      Mon retour passe par la Belgique. Envoyez moi vos coordonnées pour que je vois la route par rapport à votre domicile. Merci pour l’invitation

  3. Hallo Corinne!
    Wir sind Familie bei der du im Strandkorb gesessen hast…
    es ist wirklich beeindruckend das du die Tour allein zu Ende führst und welche entschlossenheit dahinter steckt. Alles gut für deine Heimreise

    1. Bonjour
      Merci beaucoup de la gentillesse de votre accueil. Je suis très contente de voir que vous continuez à me suivre. J’espère que mon vélo, Petit Prince, va m’être fidèle jusqu’au bout et que nous allons pouvoir finir ensemble notre périple.

  4. Bravo Corinne. Il y a fort longtemps j’ai aussi traîné ma carcasse au cap Nord en partant de Montreux via Gibraltar puis plein sud par le Maroc, Mauritanie, Sénégal, Mali, Tchad, Lybie, traversée de la grande bleu pour remonter plein nord par l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, la Suède et enfin la Norvège et retour.
    Je vous suis chaque jour et cela me rappelle ce périple inoubliable.
    Malgré les pépins subis, je constate avec joie que votre opiniâtreté et courage triomphent et cela me réjoui.

    Gardez cette attitude et tout ce passera bien. Les riches personnes dont vous faites irrémédiablement partie trouve toujours la meilleure issue. Demandez simplement à l’Univers et vous recevrez se dont vous avez besoin. Les lois des séries ou de Murphy fonctionnent aussi dans la positivité.

    Plus qu’environ 2000 km jusque dans le Yvelines !

    Passerez-vous par les plats pays?

    Bon courage et bonne route
    Nous sommes avec vous.
    Yves et6 Edith Brügger

    1. Bonjour
      Bravo pour votre périple via l’Afrique. J’aimerais beaucoup voyager en Afrique mais je n’oserais pas le faire seule, je ne suis pas assez jeune pour cela. Mais je suis sûre que l’accueil des africains doit être très chaleureux.
      Je réalise, en voyant la série de pépins que j’ai maintenant, à quel point j’ai eu de la chance au cours de mes voyages précédemment. Ce qui m’a le plus sidérée, c’est que c’est un professionnel qui m’a rendu le voyage si compliqué. Ne pas connaître le niveau de sa batterie est vraiment difficile. Et encore j’ai de la chance d’avoir pu trouver le chargeur Satiator que m’avait indiqué Simon, car cela me permet, quand je m’arrête et que je branche le Satiator de savoir où j’en suis.

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