ÉTAPE 74: DE RETOUR EN BELGIQUE

Mardi 20 août, arrivée à Genk, 105 km, nuages et domination du soleil.

Ce matin, j’ai la chance de pouvoir prendre le petit déjeuner avec Bärbel et Stéphan car comme je me lève tôt pour vous écrire, je peux déjeuner avec les personnes qui vont travailler tôt. L’ambiance est vraiment chaleureuse et c’est très agréable avant de partir. Cela me donne une formidable énergie. Une belle journée s’annonce. J’espère avoir beau temps jusqu’à la fin de mon voyage, c’est ce qu’indique la météo. Si pour une fois, elle pouvait ne pas se tromper !…

Je commence par suivre une piste cyclable le long d’une route qui, par chance, n’a pas trop de voitures. Donc au niveau du bruit, c’est supportable. Comme très souvent, la piste cyclable s’éloigne un peu de la route mais sans pour autant devenir une piste cyclable en plein nature. Et comme elle est en bon état, je peux la suivre un long moment. Je croise pour la deuxième fois, ce genre de vélo. Ce ne sont pas du tout des trikes classiques. La roue devant est très décalée, ils sont beaucoup plus haut. J’aimerais bien en essayer un. Mais comme d’habitude, il passe à côté de moi sans un regard ni bonjour, la parfaite indifférence comme cela semble être devenue la règle pour la majorité des cyclistes (et oui Michaël, tu as raison sur le capital sympathie des cyclistes !)

Je retrouve, ce que j’avais vu à l’aller, les immense culture de plantes en pots, les immenses serres.

Une décoration amusante de passage piétons pour enfants avec 2 petits enfants en plastique au pied de chaque poteau sur un chemin d’école.

Je fais un petit passage en « Nederland » et je passe devant un poste de douane abandonné. L’Europe est passé par là.

Je traverse à nouveau une ville organisée autour du vélo avec le coeur de la ville où ne peuvent circuler que les piétons et les vélos.

En traversant cette ville, il m’arrive quelque chose de curieux. Un jeune à vélo qui regardait son portable en pédalant, percute assez violemment mon vélo à l’arrière. Je pense qu’il s’est fait mal, alors je descends pour voir si je peux l’aider. Il s’est couché sur le panneau solaire sans se faire mal par chance. Du coup, il me pose plein de questions sur mon voyage, puis chacun repart de son côté. 200 m plus loin, il me rattrape et me demande s’il peut faire un selfie avec moi. Même si je déteste cela, je réponds toujours gentiment à ce genre de demande. Il me remercie et me dit « j’aimerais vous avoir pour grand-mère ». Et pan, si j’ai tendance à oublier mon âge, cela me rattrape, dur, dur, …

De nouveau la piste cyclable côtoie des maisons et je trouve encore des lamas. C’est vraiment curieux. Là encore il n’y en a que 2 mais couleur fauve avec un poil absolument superbe. Pourquoi les gens ont-ils ces animaux ? Est-ce que c’est juste pour le plaisir des yeux ? Est-ce que cela devient un animal de compagnie ? Je ne sais pas si le lama s’apprivoise ? D’ailleurs, en regardant les photos, je réalise que ce ne sont pas des lamas comme la dernière fois mais des Alpagas. Alors est ce que les personnes qui les possèdent récupèrent les poils ? Est-ce qu’ils les tondent ? (On ne peut pas le faire avant l’âge de 3 ans), trouvent-ils à vendre la laine ? Dans nos coins, j’en doute. L’alpaga est moins sociable que le lama. Je n’aurais pas de réponse à mes questions mais j’aimerais bien savoir.

Je viens de faire 60 km, il me faut faire une halte pour recharger, par sécurité, ma batterie. Je cherche une maison mais je ne vois aucune voiture à côté, les gens doivent être partis travailler. Alors, je me rabats sur un restaurant qui a l’air sympathique et qui a des prises extérieures. Étant obligée de manger, je prendrais une salade (alors que Bärbel m’a préparé des sandwichs pour midi). J’en profiterais pour lire un livre sur mon eBook (pour le voyage, quelle merveilleuse invention qui vous permet d’avoir toujours un livre à lire dès que vous avez un peu le temps de lire). Ces arrêts obligatoires de recharge de batterie ont un aspect positif pour moi, me permettre de lire. Actuellement, je lis « l’art de perdre » d’Alice Zeniter, prix Goncourt des lycéens.

Puis je repars et là je tombe sur une vraie piste cyclable en pleine nature sur 15 km. Il fait beau, pas trop chaud, c’est un beau moment de vélo

Après cette piste cyclable, je rentre dans la banlieue de Genk. Heureusement que j’ai un peu fait le plein de nature car les zones industrielles de ville, quand vous les traversez à vélo, sont toujours sordides. Et cela dure sur des km. Je n’ai qu’une envie c’est d’en sortir. Et en plus, il est 18h, l’heure de se poser. Je finis par voir sur le côté une rue bordée de maisons qui ont l’air sympa et pas du style pavillonnaire avec toutes les maisons semblables. Je m’arrête près d’une femme entrain de jardiner qui me dit qu’elle n’a pas de place (l’excuse bidon ridicule parce que l’on ne peut pas dire simplement non) mais m’indique une maison en me disant qu’une femme seule y habite et qu’elle va sûrement me recevoir. Je m’y dirige m’arrête et trouve la femme dans le jardin également. Je m’adresse à elle en anglais et elle me réponds avec un grand sourire en français ! Et oui, la France se rapproche. Elle me réponds qu’ils sont 5 adultes dans la maison et qu’elle n’a pas de place (quelle menteuse cette voisine …) mais qu’on peut toujours se pousser pour accueillir quelqu’un. Et elle m’accueille très gentiment. Ils sont effectivement 4 adultes, le fils aîné dormant chez sa petite amie, j’hériterais de son lit. Sophia me prépare immédiatement un bon dîner, quelle gentillesse, puis nous montons dans la chambre sous les toits pour préparer le lit. Puis Sophia s’assoit sur le lit et me raconte son histoire qui est lourde, très lourde. Lors de son précédent mariage, elle a été femme battue, elle est restée 7 ans avant de finir à l’hôpital, ayant échappée de peu à un féminicide. Son mari fera pour cela, 2 ans de prison. Cela lui donne enfin la possibilité de s’échapper mais que de souffrance. Et comme cela est encore vivace, 28 ans après. Elle n’a sûrement pas grand monde pour en parler, alors elle parle, parle. Et moi j’ai les larmes aux yeux devant tant de souffrance encore présente. Comme tout le monde, je sais que cela existe, mais dans la vie de tous les jours, je n’ai pas l’habitude de côtoyer cette misère sociale. Je finirais par me coucher bien ébranlée par tout ce que je viens d’entendre. Sophia a pu refaire sa vie avec un homme gentil, avoir 2 enfants avec lui mais au fond d’elle même, elle est encore drôlement brisée. Je lui souhaite une résilience plus sereine.

Merci à vous Julia des savoir encore penser aux autres. Merci pour votre accueil si généreux.

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