Etape 67 : LE PARCOURS DU COMBATTANT

Mardi 13 août, près de Ribe,35 km, temps nuageux et ensoleillé.

Après le petit déjeuner pris avec Jimmy et Tine, je pars. J’ai pris l’adresse d’un installateur électrique pour faire revoir les contacts des panneaux électriques et essayer de faire fonctionner Petit Prince avec 3 panneaux solaires au lieu d’un. Je m’y rends donc rapidement car c’est à 4 km d’où je suis. Le patron de l’entreprise me reçoit et très gentiment met à ma disposition un de ces techniciens. Celui-ci se met tout de suite au travail. Il commence à tester tous les câbles avec un Voltemètre pour essayer de diagnostiquer l’origine du problème et décide de refaire tous les contacts.

C’est toujours difficile de travailler sur tous ces câblages car l’accès n’est pas commode sous les panneaux solaires et étroit.

Je vois que le technicien a des crampes car il bouge pour soulager ces genoux. Et à un moment, en changeant de position, il fait toucher 2 fils et c’est le court circuit. Je vois sortir une flamme de 5 cm du shunt qui relie les panneaux solaires à la batterie. Et je sais tout de suite que c’est grave mais par contre je ne sais pas jusqu’où c’est grave. Ce shunt est très spécifique et je sais tout de suite que le technicien ne le trouvera pas en pièces détachées. Je contrôle immédiatement le cycle analyst du vélo : c’est le compteur qui m’affiche toutes les informations concernant le fonctionnement du vélo, vitesse, puissance utilisée, puissance reçue des panneaux solaires, température du moteur,…. C’est grâce à lui que je peux gérer mon vélo. Et je vois tout de suite que l’écran ne fonctionne plus. C’est la catastrophe. Je suis complètement atterrée. Le technicien aussi car il réalise que ce qu’il vient de faire a de lourdes conséquences. Je vérifie si l’accélérateur fonctionne et là aussi, rien ne marche. Ce qui veut concrètement dire que c’est la fin du voyage. Le technicien finit de refaire des bons contacts mais sur un vélo qui est inutilisable. Je suis désemparée. L’idée de devoir louer une camionnette pour rapatrier mon vélo me révulse. Quelle victoire pour mes voleurs, non seulement ils m’ont pris mes affaires mais ils ont dégradé mon vélo et en voulant le réparer je l’ai achevé.

Je n’arrive pas à m’avouer vaincue. Je veux vraiment finir ce voyage mais comment faire avec un vélo dans cet état ? Il me faut trouver de l’aide mais où et comment. La seule chose que je voie est un appel à l’aide sur Facebook. Il y a 6 mois, mon vendeur d’assistance électrique a créé un groupe de personnes intéressées par les vélos solaires. Et chacun peut y poser des questions et la communauté répond. J’explique donc dans ce groupe ce qui vient de se passer en demandant s’il est possible de sauver la situation. Il ne me reste plus qu’à attendre, mais en pleine journée et pendant les vacances, j’avoue que je suis inquiète. Pendant 2h, je n’ai pas de réponse concrète, puis celles-ci commencent à arriver. On me donne en particulier le nom de 2 autres vendeurs très compétents dans ce domaine et eux aussi ayant fait un Suntrip (Josselin et Dario). L’un est en Suisse et l’autre à Rouen. Je les appelle et tous les 2 me donnent la même solution. Ils sont très pédagogiques et m’expliquent bien ce qu’il faut faire. La solution consiste à squeezer tout le système de gestion lié au cycle analyst (débrancher des câbles) et refaire les branchements directement sur le « controller » (boîtier électronique qui se charge de délivrer la puissance nécessaire au moteur. Ce boîtier est couplé à l’accélérateur et géré via le cycle analyst). Ce qu’on me dit de faire consiste à perdre la totalité de la gestion du vélo (mais le système a cramé) mais à retrouver la capacité de fonctionnement de l’accélérateur donc la possibilité d’avancer. Le grand risque de cela, c’est s’il y a des grosses montées car je ne connaîtrais pas la température du moteur et je peux le griller.

Pour que vous compreniez bien ma situation, je vais vous l’imager. Vous êtes dans une voiture et vous n’avez strictement aucun écran devant vous, aucune information. Vous savez juste que votre voiture peut faire de 70 km (en cas de montées) à 130 km (si tout est plat). Par contre vous n’avez aucune information sur votre niveau d’essence donc à tout moment, vous pouvez tomber en panne sèche. Si vous montez, votre moteur peut chauffer et griller mais vous n’avez aucune information de température. En résumé, vous conduisez au feelings. Voilà résumé ma situation. Inutile de vous dire qu’elle est très inconfortable pour quelqu’un de sensé et raisonnable. Mais mon choix est simple: c’est soit cela, soit rentrer en camionnette, ce que moralement, je n’admets pas du tout. Je vais donc essayer de finir ce voyage de cette manière qui n’est pas sécurisante du tout mais c’est tout ce que je peux faire. Et peut-être que la chance va un peu venir car pour le moment, je ne suis pas gâtée.

J’ai donc pu reprendre la route vers 15h. Je me suis arrêtée dans un magasin d’informatique pour acheter une batterie externe afin d’alimenter mon GPS (qui avant était alimenté via le cycle analyst). Car il me faut pouvoir avoir mon chemin toute la journée.

Le GPS me fait reprendre la route eurovélo 1 pendant 10 km.

Je suis à 100m de la mer, mais derrière une digue donc je ne la vois jamais. Je m’arrête et monte dessus pour me rendre compte de l’importance de cette digue.

Je suis sur la digue (de hauteur environ 5 m) et derrière 200 m de terrain jusqu’à la mer). Je comprends maintenant totalement le problème de ce pays en cas de montée du niveau des eaux. Et de l’autre côté le terrain est complètement plat, donc rien n’arrêteras l’eau. Cela m’impressionne.

Mais comme d’habitude, ces chemins sont protégés par des chicanes, qui pour mon vélo sont terribles car il est trop long. Et je m’aperçois avec horreur que pour me rendre service, le technicien m’a attaché le câble électrique de la remorque sur le porte bagage avec des grosses attaches plastiques (que je ne peux pas couper faute d’un quelconque instrument) , ce qui m’empêche de détacher ma remorque pour passer les obstacles. Et là, c’est le bagne, j’ai beaucoup de mal et je vais bousiller ma remorque. Donc à mon grand regret, je quitte cette piste pour retrouver la route. Mais j’en ai un peu assez de toutes ces émotions et je cherche un endroit où me poser. Je n’ai pas beaucoup roulé mais j’ai fait ce que je pouvais donc aucun regret car je ne rentre pas en camion.

DOnc je me mets à rouler en mode chien de chasse et je regarde autour de moi. Et soudain, je vois une scène charmante.

partie familiale de crêpes

Je m’arrête et demande s’ils peuvent m’accueillir. La réponse est immédiate et positive: un accueil simple et chaleureux, comme je les aime et qui vous met du baume au coeur quand les choses sont un peu difficiles

C’est un grand moment de convivialité. Être près d’un feu et déguster des crêpes faites de façon amusante (je ne connaissais pas le principe de ces grandes poêles à queue. C’est vraiment amusant de les voir faire. Un vrai moment de détente dont j’avais bien besoin.

Merci beaucoup, Mette et Finn pour ce moment de bonheur passé avec vous.

6 réflexions sur « Etape 67 : LE PARCOURS DU COMBATTANT »

  1. Nous sommes très heureux d’avoir participé à la reprise du voyage, nous vous souhaitons le meilleures pour la rentrée et si possible nous vous attendons déjà. Yves et Edith Brügger

    1. Bonjour
      Premier jour de vélo avec juste l’accélérateur et 0 information, c’est un peu stressant. La grosse frayeur c’est de se retrouver en panne sèche au milieu de nulle part. Je ne sais pas évaluer la consommation quand il y a du vent de face, ce qui a été le cas une partie de la journée. A bientôt en Suisse

  2. Corinne, je suis totalement en admiration devant ton COURAGE ta DÉTERMINATION ! Tu rencontres trop de difficultés, ce qui me chagrine… on souhaite toujours le meilleur aux gens que nous apprécions! Tu réussis à trouver de l’aide et je t’envoie toute mon amitié!

    1. Bonjour Annie,
      C’est vrai qu’actuellement la chance n’est pas vraiment de mon côté mais j’en ai eu tellement jusqu’à présent que je ne peux pas réellement me plaindre. Ce que je souhaite juste maintenant c’est pouvoir rentrer à la maison.

  3. Ouf! Ce n’est pas fini, mais quelle persévérance dont vous faites preuve !!! Grosses bises , rassurée de vous revoir …💖

    1. Bonjour Aline
      C’est vrai que cela devient le parcours du combattant. J’espère que jusqu’à mon arrivée, je vais avoir la paix

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