ETAPE 64 et 64-1: DIFFICILE ÉTAPE

Vendredi 9 août 2019 et samedi 10 août, arrivée à Struer, 135 km, temps nuageux et pluvieux puis le lendemain, aller et retour à Copenhague.

Le matin, je prends le train comme prévue et j’arrive à 10h à Aalborg. Je mettrais 25 mn à pieds pour rejoindre la maison où est stocké le vélo. Il n’y a personne, tout le monde est parti travailler. Je récupère le vélo, je branche la batterie et là…grosse catastrophe car le compteur m’indique une charge de 110 V pour une capacité réelle de 54V. Cela ne m’a jamais fait cela, je ne comprends pas. Visiblement la batterie a morflée pendant la charge. Là j’avoue que le moral en prend un sacré coup. Je ne comprends pas, le chargeur est bien pour une batterie de 48V. J’espère que je ne l’ai pas bousillée car là c’est fini. Lorsque je démarre, le compteur est fou et je n’ai que la moitié de la puissance possible pour mon moteur. Je pars quand même, il est 11h du matin et j’ai 135 km à faire avec une batterie folle, un seul panneau solaire fonctionnant, et pas de matériel de maintenance. Je fais, malgré moi, tout ce que je sais qu’il ne faut pas faire mais là clairement, je suis totalement dépassée par la situation.

Pendant 40 km, le compteur indique n’importe quoi sur la batterie. Le fonctionnement est complètement erratique. Pour la puissance, avec une moitié des Watts possibles, je m’en sors car il n’y a pas de grosses montées, juste régulièrement des collines que j’arrive à absorber. Mais faire 135 km dans ces conditions là en partant à 11h du matin, je sais que c’est n’importe quoi comme façon de voyager et aucun plaisir car beaucoup d’obstacles à résoudre et ceux-ci s’accumulent.

Par contre, sur les 135 km à faire, j’aurais 100km de belles routes cyclables et dans l’ensemble en bon état. Je me détends et j’en profite une bonne partie de la journée. Je n’ai prise aucune photo car ce que je vois est tellement banal après les magnifiques paysages de la Norvège que j’ai du mal à sortir l’appareil de photo. C’est sûr que traverser le Danemark après avoir visité la Norvège, pays totalement plat après les magnifiques fjords observés auparavant est un peu déconcertant.

Mais ce qui m’a le plus frappé dans ces 135 km, c’est le gigantisme des fermes d’élevage. Je passe régulièrement devant des bâtiments de ferme d’une taille incroyable et juste derrière des champs avec d’énormes troupeaux de vaches. Et ce ne sont pas nos belles vaches racées, ce sont toutes des vaches de race Holstein (race qu’étudiante en zootechnie à l’agro, nous avions surnommés « vache porte manteau », tellement ces vaches sont osseuses et sans bonne viande), vache blanche et noire ou vache rouge et blanche. Ces vaches ne sont bonnes que pour le lait, et très souvent nourries à l’ensilage de maïs. Alors quand vous passez à côté de ces fermes, ce qui vous frappe le plus c’est l’odeur. Ces fermes sentent très mauvais et c’est redoutable pour le voisinage. Deux odeurs fortes se mêlent : l’odeur de lisier et l’odeur très acide de l’ensilage de maïs. A un moment, je suis passée près d’un’ énorme tracteur avec une grosse citerne (les machines de culture sont à la taille des fermes donc gigantesques). L’agriculteur étendait son lisier sur son champ. J’ai du m’arrêter car avec le vent, je pense que j’en aurais reçu sur moi et alors bonjour le parfum !…Et ce qui me rend triste, c’est quand j’ai vu en France tous ces agriculteurs avec des fermes à taille humaine, avec des troupeaux de belles vaches qui arrêtent cette activité car ils n’arrivent pas à en vivre. Ils seront remplacés à terme par ces fermes gigantesques qui vont arriver en France. Nous avons déjà pour la première fois, une ferme de 1000 vaches et ce sont des pionniers. Ils tracent le chemin de ce que sera notre agriculture de demain. C’est sûre que l’évolution ne va pas vers la qualité. Et je pense que c’est ce que je vais retenir de plus de la Hollande et cela me fait peur pour mes enfants.

Je continue à rouler et étant partie tard avec beaucoup de km à faire, je ne peux pas musarder. Donc je trace autant que je peux (rouler pour rouler est toujours sans intérêt). Alors sur le vélo, je m’évade et rêvassé complètement.

Je vois le niveau de ma batterie décroître et je sens que je vais être limite pour finir. Alors le compteur devient obsédant, je n’arrête pas de le regarder pour savoir si les derniers km vont être l’horreur mais j’aurais de la chance car j’arriverais juste à finir. Lorsque j’arrive chez Âne et Jakob, il est 20h15, une longue journée. Et là, je dois résoudre le problème du chargeur de batterie que je croyais résolu et qui ne l’est pas. Nous réfléchissons tous ensemble à la situation. Le problème est que ce chargeur est bien spécifique, à cause de son voltage et de la prise Anderson au bout.

L’idéal serait d’arriver à trouver un chargeur comme cela au Danemark mais où et comment me le procurer. Soudain, je me rappelle un commentaire de Simon Anne de Molina me disant que l’entreprise canadienne Grin Technologies avait un très bon chargeur rapide. Je dis cela à Jakob qui fait une recherche sur internet et qui trouve un vendeur à Copenhague. Il envoie un email et à ma grande surprise il a une réponse immédiate (il est 21h): oui il a ce chargeur et avec une prise Anderson. Je décide tout de suite d’aller le lendemain à Copenhague (aller et retour dans la journée 9h de train) pour aller le chercher car le lendemain c’est samedi et après je serais bloqué par le dimanche.

Jakob, excellent pédagogue, m’explique tout ce que je dois faire pour y aller, comment prendre le métro, les correspondances, tout est clair pour moi, merci Jakob.

Le lendemain, je pars donc sur Copenhague. 2h après, j’ai un coup de fil de Jakob me disant que finalement, le vendeur n’a pas de prise Anderson et il me demande si je veux revenir. Évidemment, il est hors de question que je revienne. Je vais aller chercher ce chargeur maintenant que je suis partie et je vais me débrouiller, je ne sais pas encore comment mais je vais me débrouiller.

Arrivée à Copenhague, je prends le métro et là je suis complètement sidérée par la « culture vélo ». Les vélos sont partout et totalement admis.

Ils ont des wagons spécifiques pour eux. Tout ce petit monde cohabite avec le sourire. Quand l’espace vélo est plein, ce qui est tout le temps le cas, ils stationnent dans les entrées, rentrent, ressortent, je suis hallucinée. Et tout cela dans la bonne humeur, pas de râleur, le vélo est roi. C’est extraordinaire ce que peut faire un pays quand il a privilégié le vélo comme moyen de transport.

La France a des années de retard qu’elle n’est pas prête de combler. J’arrive enfin après une demi-heure de marche en sortant du métro chez le vendeur qui à ma grande stupéfaction n’a pas de magasin, il vend sur internet à partir de sa propre maison. Et à ma grande joie, il a trouvé une prise Anderson qu’il a installé sur le chargeur. Donc théoriquement, tout est OK. Je le prends et me dépêche vite de rentrer car je n’ai pas beaucoup de marge. J’arrive à la gare et là, c’est le « bordel » car un arbre est tombé sur la voie du train que je dois prendre, donc il y aura du retard, on devra prendre un bus pour éviter la partie de rail endommagée. Et du coup, j’arriverais à minuit et Jakob viendra me chercher gentiment au train. Je mangerais à minuit et Jakob m’a sorti une bonne bouteille de vin. Mon Dieu, quel accueil et quelle gentillesse à mon égard. En plus Âne est une remarquable cuisinière. Puis je vais me coucher.

Merci infiniment Âne et Jakob pour la formidable aide que vous m’avez apporté et qui me permet de continuer mon voyage.

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