ETAPE 34: JOURNÉE DIFFICILE DE VÉLO

Mardi 25 juin 2019, arrivée à Ebly, 10 km avant Alta, 123 km, temps très nuageux avec très peu d’éclaircies de soleil, une averse.

Démarré après une soirée seule et une nuit en cabine triste est facile car je me dis qu’il faut absolument que je trouve une étape agréable ce soir. Mais ces étapes difficiles, trop longues faute de maisons sur le trajet me font finir tard, 19h même si je commence tôt. Je ne me décourage pas mais heureusement que tout le voyage n’est pas comme cela. Être gouvernée par une prise électrique est une sacré perte de pouvoir !… Si seulement le soleil voulait m’aider un peu.

Lorsque je pars, je commence tout de suite par une longue côte, le ton est très vite donné. Visiblement, cela sera une étape semblable à celle d’hier et la distance prévue est la même, 130 km jusqu’à Alta. J’ignore si je trouverais des maisons, avant la ville, j’espère que oui car pas 2 soirs de suite, une mauvaise soirée, je mérite mieux !

La route continue d’être une succession de montées avec des descentes rapides, ce qui donne l’impression que l’on passe son temps à monter et jamais à descendre. Par contre le paysage change et il devient beaucoup plus beau avec plus de relief.

On sort des zones très marécageuses et le paysage est plus élégant. On continue à être entourée d’eau et les lacs sont toujours aussi nombreux et des 2 côtés de la route.

Là, le ciel s’est éclairci mais je n’ai pas le soleil. Curieusement j’aurais un gros nuage très gris au dessus de la tête qui m’a suivie les 3/4 de la journée (regarder le film sur You tube « la panthère rose et le nuage de pluie, c’est à peu près cela !…). C’est très énervant car je vois le ciel qui se dégage, à droite, puis à gauche mais jamais au dessus de ma tête. Comme me disait Raphaël en plaisantant lors de notre rencontre, je suis la Panthère rose.

Sur la route, j’ai trouvé un seul restaurant visiblement un petit centre pour touriste. Je décide de m’arrêter car un vrai repas me fera du bien. Je suis seule au restaurant et on comprend pourquoi vu la qualité de la nourriture. En plus, le service n’est pas agréable, bref un endroit à fuir, mais comme je n’avais aucun autre choix possible, la question est réglée. Quand je me suis arrêtée, le soleil venait d’apparaître, aussi j’avais mis immédiatement Petit Prince à bronzer, mais le temps que je rentre dans le restaurant, le soleil avait disparu (Panthère rose, je vous dis !)

Dans la journée, je n’aurais pratiquement aucune recharge de la batterie par les panneaux solaires. Pourtant le temps s’est amélioré et je n’aurais quasiment aucune pluie.

Les rivières que je croise sont beaucoup plus tumultueuses qu’avant, elles sont belles.

Par contre le froid est bien présent. Si vous regardez au loin à gauche, la neige est encore présente par plaques, elle n’a pas totalement fondue. Sur les 50 derniers km, le vent se lèvera et de façon forte, parfois de face, parfois latéralement. Il me faut parfois pédaler dans les descentes pour pouvoir descendre, un comble quand même. Deus fois des bourrasques de vent me feront peur, dont une a failli m’envoyer dans le fossé. Car curieusement, sur cette route, et c’est la première fois que je vois cela à ce point, la route est très bombée. Avec le trike, je suis obligée de me tenir au centre de la route pour pouvoir pédaler à plat. Quand une voiture arrive, je suis obligée de rouler à droite, mais pour compenser la pente de la route, je suis obligée de sortir complètement le corps du trike, ce qui est très désagréable et fatigant quand cela dure un peu. Donc une bourrasque de vent venant de ma gauche m’a poussée quand j’étais dans cette situation, ce qui en a rajouté une couche à mon inclinaison et du coup, j’ai mordu le bas côté. Cela m’a fait peur car je suis souvent entourée d’eau et l’eau est quelque fois proche de la route. Je ne veux pas que Petit Prince finisse dans l’eau et moi avec car Petit Prince ne sait pas nager.

Vers la fin du parcours, une vraie grande descente apparaît. La route est étroite et encaissée et cette descente durera 6 km. C’est impressionnant et avec des camions dans les 2 sens, c’est chaud et par moment je n’en mène pas large.

Cette descente finit par une route presque droite, telle que je n’en ai pas vu depuis longtemps (droite mais pas plate…)

Et je vois de loin quelques maisons apparaître alors qu’il me reste encore 10 km à faire. Je sais immédiatement que c’est dans cette zone que je dois trouver un point de chute. Arrivée à leur niveau, je me mets en attitude chien de chasse, il me faut absolument un bel arrêt. Rien ne m’inspire quand sur la droite, je vois une grande maison avec 2 hangars en bon état mais cela me semble être une maison de particulier. La fenêtre d’un salon est ouverte, c’est un signe, je rentre. Premier arrêt et accueil immédiat à la canadienne. C’est formidablement agréable et je sais que je vais passer une bonne soirée. Yngvar (impossible à prononcer pour moi, je les fais rire) et Tatiana (d’origine russe) sont très chaleureux et très vite je me retrouve devant une soupe et des petits sandwichs. Pour dormir, je dormirai dans une immense soupente au dessous d’un hangar qui est la chambre du fils qui a quitté la maison. Petit prince dormira lui, dans un des 2 hangars qui est rempli de vielles voitures et de vielles motos car c’est la passion de Yngvar: retaper les voitures et motos anciennes.

Après la douche, je retrouve Tatiana dans le salon et nous bavardons. Je lui raconte que c’est la porte ouverte de son salon qui m’a attiré. Et là, à ma grande surprise commence l’histoire triste de Tatiana. Si la porte est ouverte c’est à cause de son traitement qui fait qu’elle ne supporte pas la chaleur. Elle est traitée pour un cancer de la peau, un mélanome. Et c’est une histoire ancienne car elle fait partie des 2% de malades avec une survie longue à cette maladie. Elle m’explique que quand elle était jeune, elle vivait en Russie où elle a fait ses études. En échange de la gratuité de ses études, elle devait tous les étés participer à la récolte des tomates dans une coopérative. Elle aimait beaucoup cela car ils étaient de nombreux jeunes et c’était gai. Comme il faisait très chaud, ils étaient tous en maillot de bain toute la journée en plein soleil et elle était très contente d’être bronzée (et même parfois brûlée par le soleil). Et elle a fait cela pendant 3 ans. Elle m’explique qu’elle ignorait tout des dangers du soleil, elle ne savait pas. Et elle a fini par faire un mélanome, jeune. Elle me montre sa cicatrice à l’épaule, on lui a enlevé la peau sur 10 cm de long et 5 cm de large. Et elle a continué à vivre très bien. Elle est venue en Norvège où elle s’est mariée. Puis en 2012, cancer généralisé. On lui dit qu’il lui reste peu de temps à vivre et elle va bénéficier d’un nouveau médicament. Elle réagit de façon formidablement positive et le cancer régresse. Puis en 2018, en jardinant, elle a mal à la tête. Son mari inquiet l’emmène à l’hôpital (prémonition ?), scanner et 2 tumeurs au cerveau. Chimiothérapie, puis opération laser. Elle m’explique que le premier contrôle après son opération est vendredi et qu’elle est très angoissée. Je me lève, elle aussi et je la serre très fort dans mes bras. Et elle se met à pleurer. On reste un long moment comme cela toute les deux. Je n’ai offert que ce que je pouvais, un moment d’humanité et de fraternité. Mais Dieu que c’était intense. Je vais me coucher et je suis bouleversée. Comme d’habitude après des moments comme cela, tous les problèmes rencontrés deviennent de tous petits problèmes remis à leur juste place. J’ai mis du temps à m’endormir.

Que vous dire, Tatiana et Yngvar, toute mon admiration devant votre courage et votre gentillesse de continuer à penser aux autres dans des moments de votre vie aussi difficile. Je vous souhaite beaucoup de belles choses à vivre ensemble.

Tatiana. Merci pour toute votre gentillesse et prévenance à mon égard. Plein de courage pour la suite. Mes pensées vous accompagneront ce vendredi.

4 réflexions sur « ETAPE 34: JOURNÉE DIFFICILE DE VÉLO »

  1. très émouvant témoignage Corinne, rien à rajouter… je vous souhaite d’autres belles rencontres et ne versez pas dans le fossé avec Petit Prince 😘j’admire votre assiduité quotidienne à votre blog : merci

  2. Hi Corinne
    Reading your newsletter everyday has almost become my addition. And of course you are The Pink Panther – you have your PINK Mum on tour t-shirt! Your story about kind Yngvar and Tatiana is very touching. I also got a year in my eye reading it. But in some way it also even it it’s a sad story it gives me hope about humanity with them opening their home for you. You are very close to your goal now Corinne! Keep up the good work and pedal on and you will soon be THERE! Keep safe Mum on tour!
    Karin

  3. Comment vas tu faire pour aller au vrais cap nord sans route et situé sur la presqu’île de gauche par rapport à celle avec toute?

    1. Bonjour Jean Batiste, tout d’abord merci pour le don aux Petits Princes, merci pour eux. Si tu regardes où je suis, tu vois que je suis sur l’île de Maregoya où est situé le Cal Nord. Si tu regardes une carte, tu vois qu’il y a une route la E69 qui va jusqu’au « NordKapp ».

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