ÉTAPE 29: MONTÉE VERS LE CAP NORD

Jeudi 20 juin, arrivé à Ostracisé Svartbyn, 113 km, temps nuageux et pluie.

De bien regarder le trajet vers le Nord avec Karin m’a permis de bien repérer les villages où je pourrais m’arrêter. Pour les distances à faire, je suis revenue à l’objectif 100 km par jour. Si le soleil était de la partie, je pourrais remonter le kilométrage mais pour le moment je joue la sécurité.

La maison de Karin est très agréable, en bordure d’une rivière et 300m plus loin, un lac que j’irais voir avant de partir. Merci Karin, pour toute l’aide apportée.

Lac près de chez Karin
Le très beau sourire de Karin

Mais, comme toujours, il faut repartir. Je partirais sous un soleil qui malheureusement ne durera pas du tout.

Photo prise par Karin à mon arrivée

Une fois partie, les nuages arriveront et ne me quitteront plus jusqu’au soir où ils se transformeront en pluie. Sur les 15 km, le GPS me ballade sur des petites routes. J’ai observé que le trajet cycliste demandé vous fait faire en moyenne suivant les endroits 10% à 30% de km en plus sauf, évidemment lorsqu’il n’y a qu’une route (comme cela fut souvent le cas au Canada).

La route suivie au départ est assez curieuse car elle m’emmène près de sites qu’à vélo, nous n’avons pas l’habitude de côtoyer.

Cela fait une éternité que je n’ai pas vu de décharge en plein air, c’est monstrueux

Je croyais que les Suédois étaient champions de l‘environnement mais la décharge gigantesque que je vois, fait désordre. Puis 2 km plus loin une carrière en plein air, rongeant la colline m’attend. C’est toujours un paysage d’une tristesse !

Puis, à ma grande colère, je suis ramenée sur cette maudite route E4 et cela sur 8 km à nouveau. Je n’accepte vraiment pas d’être mise en danger. Donnez des vélos à vos hommes politiques et vos décideurs régionaux et faites leurs faire 30km et sans protection, dans les mêmes conditions que moi et les crédits seront débloqués pour changer cette situation absurde. En attendant, les suédois devraient avoir le courage de dire haut et fort que les derniers 300 km avant de partir vers le Cap Nord, le long de la mer Baltique sont très dangereux pour les cyclistes et que ceux-ci doivent éviter la région. J’aurais vraiment aimé le savoir avant, question d’honnêté. On ne prend pas la vie des gens en otage de cette manière.

Mon coup de gueule est passé mais j’ai tellement eu peur sur cette route qu’il me faudra du temps pour digérer cela. Et je voudrais surtout que d’autres cyclotouristes ne vivent pas la même chose que moi et qu’on n’attende pas qu’il y ait un drame prévisible pour changer les choses. Malheureusement, cela n’est pas de mon ressort. Je vais juste communiquer cela au maximum aux cyclotouristes, je ne peux pas faire plus.

Puis j’ai enfin une alternative et je peux sortir sur 15km à nouveau. Et là j’ai eu droit à tous les terrains possibles, la belle route, la route en graviers où Petit Prince a tant de mal à rouler et la piste en forêt difficilement praticable pour un attelage tel que le mien.

Petit Prince dérape beaucoup sur ces routes en graviers
La Petit Prince se révèle un artiste et ma remorque continue à me bluffer par son comportement exemplaire.

Karin, vous qui êtes en charge du développement du tourisme dans votre région et où le cyclotourisme est dans vos centres d’interêts, il y a vraiment un formidable travail à faire, guider les vélos vers de belles choses à voir en toute sécurité et sur des routes praticables sans danger. Tous mes encouragements pour y arriver.

Et là, le GPS me renvoie sur cette maudite route E4 pendant 4 km. Je suis tellement en colère que je décide de changer la règle du jeux. Dans les zones étroites encadrées par des barrières de sécurité, je cesse d’être à cheval sur cette bande blanches à trous qui me secoue comme dans un shaker, je me mets à droite de la route. Si bien que toutes les voitures sont obligées de ralentir pour me doubler, elles roulent alors à environ 40 km/h et du coup me respectent car elles ont peur de m’accrocher et en final j’ai moins peur. Mais le raisonnement n’est pas valable avec les camions qui me font, à nouveau, coller à la barrière de sécurité avec toujours la crainte d’être prise en sandwich. 4 km après, je sors enfin définitivement de cette route maudite. Je prends alors la route E10 qui monte vers le Nord mais c’est une route normale, il me faut juste être très vigilante comme d’habitude.

Je ne presse pas et je reprends le vélo plaisir. L’assistance électrique ne me sert jamais à faire de la vitesse, cela ne m’intéresse pas. Pour flâner et voir du paysage, prendre des photos, il faut être disponible dans sa tête. Par contre, je n’ai toujours pas vu un seul gros animal malgré le grand nombre de panneaux indiquant de faire attention soit aux rennes, soit aux élans. j’éspère en voir au moins uns.

Par contre les paysages sont aussi toujours aussi jolis et maintenant accessibles.

Est-ce un jacuzzi dans cette adorable petite maison octogonale avec une cheminée ?
Ici de nombreux lilas près des maisons et ils sont tous en fleurs, cela sent merveilleusement bon.

Vers 17h30, il commence à pleuvoir, le temps s’est beaucoup rafraîchit, je commence à avoir froid, je me dis qu’il serait raisonnable de chercher à m’arrêter (110 km au compteur). Je m’arrête dans une première maison, l’homme jeune qui m’ouvre m’écoute poliment puis me renvoie sur une maison Bed and Breakfast. Au second arrêt, l’homme (encore un jeune) me renvoie impoliment (en un mot, je n’ai rien à faire de vous, dégagez). A la troisième maison, la femme qui m’ouvre avec son fils de 10 ans, m’écoute attentivement, me pose des questions, puis me dit non, c’est étrange et peu fréquent. Je suis découragée, je fais demi-tour pour aller m’échouer dans le Bed and breakfast. Mais je me reprends très vite. Je ne vais pas m’avouer vaincu comme cela, je n’ai pas assez combattu. Je regarde attentivement les maisons, il faut que l’une d’entre elles me parle. Je n’en vois qu’une seule qui me semble accueillante. Je frappe, une femme ouvre la porte, elle semble accueillante mais très surprise. Puis son mari arrive, il marche avec des béquilles. Il est intéressé par Petit Prince, me pose des questions, puis ils acceptent de m’accueillir. Je suis contente de ne pas m’être laissée aller à la facilité, mais nerveusement, c’est éprouvant.

Kenneth et Linnéa me reçoivent très gentiment. J’apprends que Kenneth marche avec des béquilles depuis qu’il a eu un accident avec son quad dans la forêt. Celui-ci s’est retourné car il allait trop vite. Par chance, il avait son téléphone sur lui et a pu appeler les secours. Il a été touché aux hanches et il donne l’impression d’avoir bien mal. Mais il semble être le genre d’homme à ne pas pouvoir rester tranquille. Je comprends très bien le problème du renversement car quand le GPS m’envoie dans des chemins comme aujourd’hui, où il n’y a pas la largeur du trike et où je suis à cheval sur le terre plein central plein d’herbes et l’autre roue dans la terre, je suis quelque fois à la limite du renversement, la vraie différence, c’est que je ne vais pas vite et que le trike n’a pas le poids d’un quad, Dieu merci.

Nous passons une soirée paisible puis je vais me coucher tôt. Le temps pour le week end qui arrive est annoncé pluvieux et orageux. Quel dommage.

Merci beaucoup, Kenneth & Linnéa pour votre accueil si généreux

8 réflexions sur « ÉTAPE 29: MONTÉE VERS LE CAP NORD »

  1. Glad that you find a place to stay Corinne. We discussed the E4 problem today at my work. We need to find alternative routes to that horror road for cyklists. Don’t worry you will see animals for sure I can almost give a reindeer guarantee for the rest of the trip. Elks are usually active late in evening or early mornings. Trying to help you find some places to stop along your way with my connections. Not always easy specially this Midsummer weekend. Bon voyage Mum on tour!
    Karin

  2. Bonjour Corinne.A ce que je vois,vous avez préféré la E 10 qui va vers Kiruna et Narvik en Norvège,Vous risquez de prendre des pistes,des routes de terre battue qui seront un cauchemar si elles sont détrempées.La E 8 ,goudronnée en Finlande n´est pas comme la E 4,Elle est praticable en vélo de Torneå,à la frontière suédo-finlandaise jusqu´en Norvège,vers Tromsø.Vous avez la possibilité de prendre la RN 98,goudronnée pour rejoindre la E 8 en Finlande,aprés ,ce sera plus difficile de trouver des routes goudronnées.
    Peut-on considérer que vous avez un VELO avec cette remorque.C´est tricycle que vous avez et avec la remorque,je considère cela comme un CONVOI EXCEPTIONNEL.Les convois exceptionnels circulent aussi là c´est interdit aux vélos et encore à des vitesses trés basses.
    Si le slogan de la sécurité routière est  » La Vitesse Tue « , c´est idiot qu´en Suède que la E4 est une autoroute a certains endroits et que l´on n´ait pensé faire une route parallèlle pour les cyclistes.Je vais en faire part à mon ancien emloyeur Vägverket devenu en 2010 Trafikverket,Transportstyrelsen et Swedia .Bonne continuation et bonne fête de la Saint Jean.Peut-être allez-vous aidder dans les villages à souleverle mât de la Saint Jean.

    1. Bonjour
      Il est évident pour moi qu’au stade où j’en suis , je puisse à nouveau prendre des chemins car je sais que là je ne m’en sortirais plus. Pour pallier à cela, je ne demande plus au GPS que des circuits voitures où il n’y a jamais de chemin. Pour le trajet, je l’ai étudié avec Karin et je vais m’y tenir car je ne peux pas changer d’idées tout le temps. Il doit me rester 7 à 8 étapes jusqu’au Cap Nord, je sais à peu près où je vais, ma seule grande vulnérabilité est le besoin d’électricité impératif

  3. Bonjour Corinne,
    Super pour ton « coup de gueule » au sujet de l’E4 et de l’accessibilité des vélos en Suède, je vois que ça porte déjà ses fruits, et que tu vas peut-être déclencher une étude à ce sujet! C’est déjà une petit victoire.
    Tu me connais, moi aussi j’attends avec impatience que tu croises sur ton chemin un animal sympa: un renne ou un élan, ça m’irait bien. Allez les gars, sortez de vos cachettes, Corinne et Petit Prince sont très gentils!
    Pour l’hébergement, on te reconnait bien là, tu n’as pas choisi l’option du B&B, et ta persévérance a été payante. Finalement, tu réussis à rencontrer des Suédois accueillants, mais on voit bien à travers ton combat que ce n’est pas du tout la spontanéité que tu avais connue au Canada.
    J’ai bien regardé ta position hier, et j’ai constaté que le Cap Nord n’est pas loin…Je te souhaite une belle étape aujourd’hui, et j’espère de tout mon cœur que le soleil va faire bronzer Petit Prince. Chez nous ça y est il est revenu, et il semblerait même que la chaleur s’annonce. Je souhaite partager largement avec toi ces rayons de soleil.
    Je t’embrasse très fort

    1. Bonjour Odile
      Pour la E4, cette route est un passage obligée pour les vélos, lorsqu’ils sont arrivés là et un vrai désastre une honte absolue. Lorsque je vais rentrer en France, je vais le dire sur les sites de cyclotouristes pour qu’un drame totalement prévisible n’arrive pas
      Pour le gros animal, comme tu le vois, j’en ai vu un aujourd’hui pour la première fois et j’ai bien eu le temps de le voir, je suis contente.
      Pour le temps, ici, c’est un vrai désastre et mes panneaux solaires sont ridicules dans ce contexte.

  4. Hi Corinne! What a journey you are in! And I, agree with you about what we call ”2+1” roads. They are very dangerous for all type of cyclists. When I ask the responsible authority, if they give me an answer, it’s not an answer, just a lot of words, ending with that will cost an awfull lot of money to build separate cycle roads!
    In the report #29, you have a picture of an awful dump. We have a big trouble with a similar dump in the little village where I live. If I give you credit for that picture, can I use it when I’m arguing with the authorities concerned?
    Can you remember where you get that picture?

    1. Hello. Thank you for the next cyclists if you can do something for the E4 but as it is a money problem, I am not optimistic. The only thing to do is to tell cyclists to avoid this region. You can, of course, use the photo of the awful dump if you wish. For its location, look at the route I followed. It was not long after I left, after crossing the E4, just before the GPS sent me on the paths. This dump is just before this huge career. You should be able to locate it easily.

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