ÉTAPE 22: UN TEMPS EXÉCRABLE ET UNE DEMI-ÉTAPE

Jeudi 13 juillet, arrivée à Öränge, 65 km, 11°C, pluie toute la journée avec orages le matin

Lorsque je me lève ce matin à 5h pour vous écrire, je suis seule dans la maison, Inga et Christer sont partis travailler en me laissant les clés de la maison et du garage. Clairement, ils ne sont pas représentatif de ce pays avec leur grande ouverture d’esprit et leur confiance. Je suis vraiment chanceuse d’être tombée dans une famille comme cela. Lorsque je m’installe sur la table de la cuisine pour vous écrire, un Thermos chaud de café m’attends. Ils auront été prévenants et accueillants jusqu’au bout malgré l’obstacle de la langue (que je vais rencontrer plus souvent que je le croyais car je pensais que tous les Suédois ou presque parlaient anglais).

Pendant que je vous écris, l’orage gronde, j’entends le tonnerre et je vois les éclairs, tout cela n’est pas loin. Il est évident que pour des questions de sécurité, il est impossible de partir dans ces conditions là. Je suis ennuyée car je suis seule et il n’est pas question de s’incruster. Très gentiment, avant de partir, ils m’ont laissé leurs numéros de téléphone, alors j’envois Un SMS demandant la permission de rester le temps de l’orage. La réponse revient quasi immédiate que je peux rester tant que je veux. Quelle chance car partir dans l’orage m’aurait fait peur. Il pleuvra très fort avec orage jusqu’à 13h, heure à laquelle je me prépare à lever le camp. Je n’ai vraiment pas de chance avec le temps depuis mon départ et pour le moment, mes panneaux solaires sont plutôt une gêne qu’une aide, mais cela est difficile à prévoir à l’avance.

Pendant la matinée, j’ai étudié à fond la carte de la Suède et la Norvège pour bien m’imprégner du trajet. Il me reste 1600 km à faire en Suède et le moins que l’on puisse dire, c’est que s’il fait mauvais temps, je ne suis pas sereine par rapport à la recharge de la batterie. Plus j’avance et moins la Suède est peuplée, donc je ne suis pas sûre de trouver des maisons. Et si j’en trouve, je ne suis pas sûre d’obtenir la permission de mettre ma batterie en charge. La qualité du temps devient donc un élément stratégique que je n’avais pas anticipé à ce point. Et que puis-je faire si je reste en rade et que je suis incapable d’avancer ? Cela ne m’est jamais arrivé et dans un pays où l’entraide n’est sûrement pas une qualité dominante, c’est une perspective angoissante. En dernier recours, j’ai décidé que j’appellerai le 112 (quelle serait leur réaction face à une cyclotouriste qui ne peut plus avancer, faute de batterie ?) mais je vivrais cela comme une honte de ma part, de ne pas avoir réussi à m’en sortir. Tout cela ne sont pas des perspectives très réjouissantes et pour le moment, cela me gâche un peu le voyage.

Je me décide donc à partir sous la pluie et avec une température de 11°C. Mais tout de suite, quelque chose ne va pas mais je n’arrive pas à identifier quoi ? Au bout d’un km, je sais, j’ai oublié de mettre en route ma balise GPS. Je m’arrête et impossible de la trouver dans mes bagages. Je l’ai donc oubliée. Je fais demi-tour pour revenir à mon point de départ et pendant 1/2h, impossible de la trouver. Comme il est absolument évident que je ne peux pas partir sans, je tourne en rond sans la trouver. Je suis retournée 3 fois dans la maison, puis dans le garage mais rien. Je finirais par la retrouver sur l’angle d’un meuble dans le garage. Quelle idée d’être allée la mettre là. Nouveau départ mais il est 14h et il pleut toujours autant. Mais heureusement que j’ai le Veltop car sinon cela serait l’enfer pour moi. Bien sûr, cela n’arrête pas la pluie à 100% mais cela protège quand même beaucoup.

Je roulerais 65 km sous la pluie sans un seul moment d’interruption. Je pense à Raphaël. Où est-il avec ce temps exécrable, lui qui dort sous la tente et qui marche ? Pourvu que cela ne soit pas trop l’enfer pour lui. J’espère qu’il n’a pas froid.

Comme d’habitude, sous une bonne pluie, il est difficile d’apprécier le paysage, de prendre des photos, le cœur n’y est pas. Je traverserais un lac avec un barrage, le lac Angersjön. C’est le premier que je vois. Pour le franchir, je dois utiliser une passerelle. Ici pas de chicane mais un tas de terre, plus efficace qu’une chicane.

Les restes de piliers d’un pont
Le déversoir du barrage

Je pédale sous la pluie et mon seul objectif est d’avancer un peu, j’aimerais au moins faire 65 km dans l’après-midi. Une fois cette distance atteinte, je cherche un point de chute. Je m’arrête devant une maison, où 3 femmes parlent sur le perron. Maintenant, je procède en 3 étapes, je demande d’abord si je peux brancher ma batterie, puis partager le repas et enfin s’il est possible de coucher sinon j’ai ma tente. Mais inutile de vous dire qu’avec ce temps de « merde », je n’ai aucune envie de planter la tente. Et je m’essuie un premier refus concernant la prise électrique. Je reconnais que je n’arrive pas à m’y faire. Elles sont face à une femme aux cheveux blancs dégoulinante de flotte, qui a un peu froid et qui leur demande juste de pouvoir brancher une batterie et la réponse est non. Comment sont faits ces gens ? Je commence à avoir une sacré image de la Suède.

Je ne fais aucun commentaire et je repars. Je m’arrête devant une 2ème maison. Un homme de 35 ans m’ouvre et j’essuie un deuxième refus. Et là je discute car cela me choque tellement. Je vois que l’homme en face de moi n’est pas très à l’aise et qu’il a un peu honte, cela se voit à son attitude. Je demande pourquoi et de nouveau j’entends « afraid and suspicious ». Je le regarde droit dans les yeux, lui aussi et je lui dis « vous avez vraiment peur de moi » et il me réponds « oui ». Alors je demande « pourquoi », il est incapable de m’expliquer pourquoi mais il est de plus en plus gêné et je ne cède pas. Je veux comprendre. Je suis à l’intérieur sur le paillasson. Clairement, la maison m’est fermée. Alors il s’engage à me trouver un toit. Technique fuyante devant son incapacité à me répondre. Il passera 10 mn au téléphone et finira par me dire de le suivre. Il prend son vélo et je le suis. On fait 1 km et j’arrive dans un endroit apparemment inhabité. Il va prendre 2 clés sous un seau. Il ouvre une maison glaciale, visiblement non chauffée et sur la gauche, il y a une chambre qui elle est chauffée, je vais donc dormir ici. Puis, il m’emmène dans un autre bâtiment où il m’ouvre une pièce avec des sanitaires chauffés, je pourrais donc prendre une douche puis il s’en va. Je suis complètement sidérée par ce que je vis et je ne regrette vraiment pas ma façon de voyager qui me permet de voir un pays de l’intérieur. Comment pouvais-je imaginer que le peuple suédois était comme cela ? Le suédois baba cool est vraiment une image trompeuse qui ne reflète pas la réalité.

Je me demande quand même où je suis. A côté de ma chambre, il y a 2 grandes portes que j’ouvre et je tombe sur cela, après avoir allumé les lumières

Une salle de culte mais j’ignore de quel culte, catholique ? Il y a un petit autel et un christ sur une croix

Je semble être dans un centre paroissiale inoccupé, peut-être un lieu de retraite, je n’en sais rien. En tout cas, si cet homme qui m’a emmenée ici était croyant, c’est encore plus invraisemblable.

Le lit est confortable et je me couche après avoir mangé une poignée de fruits secs comme repas. Comme je trouve très peu de restaurants sur la route, je ne sais pas comment je vais faire demain mais à chaque jour suffit sa peine.

8 réflexions sur « ÉTAPE 22: UN TEMPS EXÉCRABLE ET UNE DEMI-ÉTAPE »

  1. J’ai pas mal pratiqué les pays scandinaves et malheureusement il faut t’attendre à avoir un temps mitigé. Pour l’hébergement je me souviens que nous trouvions facilement des petits camping (mais en voiture c’est sans doute plus facile de chercher) dans lesquels on pouvait louer des petits chalets (Hütter) à un prix raisonnable pour ces pays. Et tu devrais peut-être prévoir d’avoir une réserve de nourriture sur toi. A ta place je vivrai très mal de rater un repas, surtout si c’est le seul de la journée. Bonne route et bon soleil.
    Bises

    1. Bonjour Béa
      Effectivement, je trouve à intervalle régulier des campings mais jamais quand il est l’heure de s’arrêter mais le hasard va faire qu’un jour je vais en trouver au bon moment et tester. Quand à la réserve de nourriture, je n’en ai jamais fait autre que des fruits secs, amandes, etc. Chez moi, l’effort me coupe l’appétit alors ce n’est jamais un problème de sauter un repas une journée (mais pas 2 jours de suite et cela ne m’est jamais arrivée). Donc je vis tout à fait tranquillement le fait de sauter un repas, l’important étant l’eau. Bisous et porte toi bien

  2. Bonjour Corinne, le soleil commence à prendre place ici, j’espère que ça va être la même chose pour toi, car je pense que cela change tout, autant pour recharger tes batteries personnelles que tes panneaux.
    Comme chaque matin, j’ai lu attentivement ton étape, et suis très surprise moi aussi que les gens soient peu accueillants, mais surtout peureux!, surtout quand ce sont des gens plutôt jeunes, c’est très étonnant. On aurait pu penser que cet homme finirait par t’ouvrir sa porte après ton insistance, mais non, rien à faire. Bon, on peut dire qu’il a quand même fait preuve de bonne volonté en faisant cette démarche de t’ouvrir ce centre paroissial, encore un lieu d’hébergement atypique dans ta collection. C’est déjà pas mal, c’est mieux que rien bien sûr. Je comprends vraiment que tu sois déçue, car je partage autant que toi le plaisir de faire des rencontres humaines dans les pays traversés.
    Allez, garde le moral, et continue dans ta détermination, des portes vont s’ouvrir à toi, c’est certain. Quant à la charge des batteries, il faut que tu exploites toutes les solutions que tu as déjà connues, entre autres les commerces.
    Je pense très fort à toi, bisous

    1. Bonjour Odile
      Que ta fidélité me fait plaisir. J’attends tous les jours tes commentaires. Je commence à comprendre pourquoi les gens sont effrayés. Le moral est bon, j’appréhende juste un peu la façon de gérer la batterie en remontant vers le Nord.
      Bisous

  3. Chère Corinne, je viens de lire vos 4 dernières news letter, à la suite : bravo et bon courage dans la poursuite de votre périple, merci pour votre belle écriture et l’authenticité de vos observations et émotions , on n’entend peu parler de la Suède dans les médias à part sur un mode élogieux pour parler de toutes leurs pratiques progressistes en matière sociale et societale, mon hypothèse pour leur «  suspicious » approche des étrangers,voyageant comme vous est la suivante:
    ils ont accueilli beaucoup de migrants depuis plus de 10 ans à la suite « des révolutions des printemps arabes », qu’ils finissent par parquer ces populations dans des ghettos, c’ est vous qui me l’apprenez, apparemment leur intégration Ne doit pas très bien se passer , mais les suédois n’en disent rien , peu de retour dans la presse, pour moi il y certainement eu des incidents sérieux, les partis Populistes , prospèrent dans le Nord de l’Europe…j’essaierai d’approfondir la question !!!!grace a vos news letter que je suis toujours impatiente de lire…
    Sachez que je vous trouve extrêmement courageuse, ( banal me direz vous!!), et que j’ai beaucoup d’admiRation pour vous…
    Plus prosaïquement, comment fait-on pour faire un don à l’association que vous représentez: Petit Prince?
    Je vous embrasse et j’attends la suite de vos aventures avec la réponse à ma question, of course!
    ( sachez Qu’en France et dans mon sud-ouest,il ne fait pas très chaud ,temps instable , il n’y a que les Balkans qui s’en sortent avec des températures caniculaires !!!!, mais vous devez savoir…🥰

    1. Bonjour Aline
      Merci beaucoup de l’intérêt que vous portez à mon blog. Quand je vous lis, cela donne vraiment un sens à me lever tous les matins à 5h pour vous raconter ce qui m’est arrivé la veille. Je ne regrette pas du tout cette façon de voyager en allant au devant des gens, même si je trouve cela parfois angoissant. Il est sûr que ces rencontres donnent un réel sens à mon voyage et que sans cela, je n’irais pas aussi loin pour faire du sport. J’ai été avertie de votre don et je vous en remercie chaleureusement pour eux, votre don a eu un effet psychologique très fort, comme je le raconte (chaque don m’est notifié par un email d’Alvarum, le collecteur). Pour la peur, vous avez raison, je pense que le problème vient de l’afflux récent des migrants. Encore merci à vous et bonne journée

  4. Bonjour Corinne,
    C’est Louis de Montréal, Québec Canada qui vous a accueilli à 2 reprises (été et automne 2017).
    Vos aventures ressemblent étrangement à celles que j’ai vécues en cyclotourisme en 1978 sur la côte est américaine.
    Avec mon compagnon de voyage, nous frappions aux portes des maisons pour demander, un repas, une douche et un hébergement. Certains citoyens nous accueillaient à bras ouverts, et d’autre refusaient de nous adresser la parole.
    C’est alors que l’association de cyclotourisme Warmshowers c’est développé. Les membres de cette association offrent la garantie de vous accueillir chaleureusement tout en vous offrant de partager un repas et un logis. Vous êtes un modèle de courage inspirant. J’aimerais bien faire ce genre d’aventures en cyclotourisme; c’est un art de vivre exceptionnel, qui normalement vous rapproche des gens.
    Bravo et bonne continuité de voyage.

    1. Bonjour Louis.
      Quel plaisir de voir que mes amis canadiens me suivent. Vous m’avez si bien reçue et à 2 reprises. En plus, vous avez une la grande gentillesse de me faire un superbe cadeau que j’emmène toujours avec moi en randonnée cycliste et dans lequel j’ai dormi cette nuit/ Un sac à viande en soie de MEC. C’est de la superbe qualité et j’adore m’en servir. Cette façon de voyager me plaît beaucoup car elle m’oblige à aller au devant des autres, ce qui n’est pas toujours facile mais tellement enrichissant quand cela se passe bien. Ceci dit, l’accueil canadien reste le plus bel accueil que j’ai eu pendant mes voyages. Vous êtes indetronables dans mon cœur. Bonne journée

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