ÉTAPE 14: UNE MAUVAISE JOURNÉE

Mercredi 5 mai, 145 km, banlieue Hambourg, temps très changeant, jamais de stabilité avec pluie, soleil, nuages

Ce matin, petit déjeuner en famille et très copieux comme d’habitude. Nous discutons de la scolarité des enfants et du système scolaire complètement différent. Les enfants comment la classe à 7h30 et la finisse à 12h ou 13h suivant les jours. Et Diederichs me dit « ce rythme permet à nos enfants d’être autre chose que des écoliers et aussi de enfants ». J’avoue que cela me laisse perplexe. En France, laisse t-on aux enfants le temps d’être des enfants ? Sur ce, il me faut prendre la route

Je fais 17 km sur les routes cyclables et je suis en forme. J’ai fait une très belle étape, comme je les aime et pleine de charme. Je suis partie plus tôt vers 8h1/4 du matin pour essayer de faire environ 150 km afin de pouvoir relier Kiel jeudi et prendre le ferry.

Puis arrive la traversée de Bremen et sa banlieue, en tout 22 km. Et c’est fatiguant car il faut s’arrêter tout le temps et relancer le vélo qui est lourd. A force usant et je suis vraiment contente d’en sortir et de retrouver la campagne.

Depuis le début de la traversée de l’Allemagne, je vois beaucoup de chevaux, je ne savais pas qu’il y en avait autant

La traversée des villages est quelque fois pénibles à cause de zone de pavés que visiblement on préserve et qui nous secoue comme des pruniers. Et je trouve régulièrement des zones pavés sans que leur emplacement indique un quelconque intérêt. C’est bizarre

De temps en temps, les pistes cyclables sont aussi large que celles des voitures

Puis curieusement, la qualité des pistes cyclables se dégrade sérieusement, terrain plein de creux et de bosse, dangereusement inclinée vars un fossé qui fait 4 m de profondeur. La remorque est très secouée et elle fait beaucoup de bruit. Je finis par avoir peur de la voir se désintégrer, aussi je quitte les pistes cyclables et je reprends la route normale. Cela change tout, il me faut à nouveau rouler avec un œil sur la route devant et l’autre œil dans le rétroviseur. Bref, je retrouve les conditions habituelles de sécurité. La campagne est très belle, les fermes et maisons sont très fleuries. Les rhododendrons sont partout et comme ils sont en fleurs, c’est très plaisant.

Je fais ma petit halte de midi que je commence sous le soleil donc séance bronzage pour mon attelage et que je finis sous une grosse pluie

Mais les choses deviennent vraiment difficiles en fin d’après midi, lorsque pour la deuxième fois de la journée, je dois traverser une grande ville: Hambourg. J’ai déjà 110 km dans les jambes et les arrêts très fréquents deviennent de plus en plus pénibles. Mais je tiens bien le coup et je suis en forme physique alors j’encaisse tout cela plutôt bien. Mais soudain plus rien ne va. Le GPS me guide vers des noeuds autoroutiers pour franchir l’Elbe, ce que bien sûr, je ne peux pas prendre. Et le GPS n’en démord pas. Il se refuse à me proposer autre chose et me ramène toujours là. C’est très impressionnant, les autoroutes arrivent de partout, cela fait peur, très peur car les allemands roulent très vite. Je passe mon temps à tourner en rond, à faire demi-jour avec toutes les difficultés que la taille de mon attelage impose. Je n’arrive pas à franchir l’Elbe et à sortir de cette circulation très intense et dangereuse. Et tout d’un coup l’angoisse monte. Je suis très stressée car malgré mes efforts, je n’arrive pas à m’en sortir et cela dure 1h, soit une éternité dans ce contexte. J’essaie plusieurs applications et toutes me ramènent vers ce carrefour maudit. Cela m’est arrivé plusieurs fois en Chine mais ce n’était pas aussi angoissant car comme il y avait des vélos et des scooters partout, les voitures ne pouvaient pas rouler vite alors j’arrivais à m’en sortir mais là non. Et puis le bruit est assourdissant. Lorsque soudain, je vois arriver un couple de belges en tandem. Leur GPS aussi les a conduits jusque là. Mais eux, contrairement à moi, se voit proposer un autre chemin. Alors bien sûr, je les suis et 5km plus loin, on arrive à un petit embarcadère. Et là, je m’inquiète car vu la taille de mon vélo et la taille de l’embarcadère qui ne prend pas de voiture, je me demande si on va m’accepter. L’attente est longue, 3/4h, je me demande ce qu’il va se passer. Le ferry est petit, aucun contrôle à bord, le vélo ne tient même pas dans la largeur, mais tout le monde m’aide. Je décroche la remorque et on l’a fait tenir à la verticale. Et nous franchissons enfin l’Elbe. Mais les ennuis ne sont terminés car à la sortie, il y a une chicane très étroite. Si le trike passe, la remorque pas du tout. Et là je vois des passagers prendre à plusieurs la remorque par les plateaux de panneaux voltaïque et la soulever au-dessus des chicanes. Je suis épouvantée car j’ai peur que tout soit arraché mais ils la repose délicatement de l’autre côté et elle a tenue. Je dois dire que pour le moment la résistance de cette remorque m’étonne. Pourvu que cela dure.

Il est 18h30, il me faut trouver un endroit pour m’arrêter mais je suis tellement anxieuse par ce que je viens de vivre que je fais le choix de rouler pour me destresser. Je roule pendant 3/4h, il 19h30, je dois m’arrêter. Je n’ai pas le cœur a choisir une maison alors, je m’arrête un peu n’importe où. L’homme qui ouvre le portail me propose un appentis au fond du jardin. Il est très encombré mais il reste juste la place d’installer un matelas. Il n’a rien à manger mais me tend 20 euros et me propose un vélo pour aller au restaurant. Très gentiment, je décline sa proposition. Il est très déçu de mon refus mais je ne bouge plus. Je veux juste reprendre des forces pour demain et charger Petit Prince. Je ne dînerais pas ce soir, ce qui n’est pas grave du tout, je mangerais mieux demain. J’installe mon lit, regarde un film pour me changer au lit, puis je m’endors.

12 réflexions sur « ÉTAPE 14: UNE MAUVAISE JOURNÉE »

  1. Même souci en autrichrl année deniere.. Le GPS bloquait à cause d une traversée à faire.. En train..

    1. Qu’est-ce que c’est dur de se sortir de cette situation quand tu es au milieu de voiture qui vont vite

  2. OUF ! quelle histoire j’espère que tu t’en es remise. en tout cas bravo tu as eu du courage ! Allez j’espère que les prochaines étapes seront de meilleure augure… on te suit et te lit depuis Nanterre 😉 Merci pour ce partage

  3. Bonjour Corinne, je viens de parcourir le récit de ta journée d’hier, inquiète de voir comment se terminait cette « mauvaise journée ».Pas de casse pour toi, ni pour petitprince, tant mieux, c’est le principal. On voit que ta forme physique, aprés plus de 15 jours d’entrainement, te permet d’affronter ce genre de difficulté, bravo.Ton moral semble bon aussi.C’est vrai que les belles pistes que tu as empruntées jusqu’à maintenant t’ont fait oublier les pavés, et la circulation…Bon, les conditions d’hébergment n’ont pas été terrible, mais tu n’as pas eu à sortir la tente, c’est déjà ça.
    Je te souhaite une meilleure journée et j’espère que tu auras trouvé rapidement de quoi te nourrir ce matin pour démarrer.
    Je t’embrasse très fort

    1. Bonjour Odile
      Tu as raison, je n’ai pas eu à sortir la tente. j’aime le camping mais pas le camping en ville en désespoir de cause. L’endroit n’était pas terrible mais avec la fatigue je me suis endormie tout de suite. À Hambourg, j’avais l’impression d’un animal pris dans un piège, la vitesse des voitures et des camions, le bruit quand tu es paumée, c’est vraiment flippant. Bisous

  4. Ha pauvre chouette! Pourtant, tu aurais bien mérité un bon repas à la fin de cette journée! Heureusement, rien de brisé! Demain est un autre jour; meilleur on l’espère!!!

    1. Merci Marie
      Oui je me souviendrais de cette journée car j’ai rarement peur en vélo, mais là je n’étais vraiment pas fière. La circulation intense et rapide quand tu es perdue, c’est terrible. Merci de ta fidélité à me lire. Bisous Corinne

  5. Corinne.. Quand ça va être difficile Vaut mieux aborder cela. Reposée.. Il aurait fallu t arrêter avant.. Ou bien Contacter un hôte warmshower qui aurait pu te guider..
    Ta traversée d hambourg m inquiète. J aimerais passer au da emark. Direct. Et éviter cette grande ville. Mais est ce possible ? Je n ai pas encore regardé..

    1. Claude, je ne peux pas raisonner comme cela car, bien sûr, je ne savais pas avant que ce serait difficile. Si tu viens, tu n’auras de problème car tu sais que la rivière l’Elbe est difficile à franchir à vélo. Alors, tu vas te pencher sur la solution, si tu passes à Hambourg et tu passeras tranquillement. Il faut juste le savoir et tu le sais.

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