ÉTAPE 87

Suntrip 2018, étape 87, de la montagne, encore de la montagne, toujours de la montagne

Mardi 25 septembre, Yangcheng

Bilan vélo: 127 km

Ce matin, j’ai réussi à partir un quart d’heure plus tôt et toujours à jeun comme d’habitude. J’avais prévu une demi-heure plus tôt mais le potentiomètre ne marchait pas. J’ai du resserrer la vis dans l’accélérateur car j’ai beau la visser à fond, elle bouge pendant le trajet. Mais le potentiomètre a aussi un problème car il se met à indiquer n’importe quoi. À 0, le cycle analyst indique 1100 W !…Il faut qu’il tienne encore 3 à 4 jours car c’est lui qui gère la puissance du moteur, alors ce n’est pas le moment de me laisser tomber.

Je pars avec toujours cette obligation de rouler à l’économie pour cause de batterie unique, mais dans la montagne, c’est vraiment difficile. Le chemin que m’a fait prendre est très beau (désolée pour l’absence de photo mais j’ai trop de mal à stabiliser Petit Prince dans les côtes), sûrement avec plus de montées que la route classique mais je suis tranquille avec peu de circulation et le soleil commence à se montrer. Mais je récupère la route classique 20 km plus loin et avec les camions et surtout les bus. Ces régions ne sont desservies que par des bus, alors on en voit plein y compris plein de bus scolaires qui doivent aller chercher les enfants dans les coins retirés. Et comme les bus continuent à klaxonner comme ils roulent comme des fous, c’est pénible. Je suis sidérée par la vitesse à laquelle ils osent traverser les villages. On dirait qu’ils font des course de vitesse 8. Alors, vous pensez si je m’en méfie. Je continue à alterner montées et descentes mais les montées sont un peu plus faibles donc j’arrive à faire 52 km avant que la batterie soit très faible. Et là, je suis contente car pas de prise électrique à rechercher, le soleil est là. Donc je pourrais recharger totalement la batterie par le système solaire en 2h1/2. Je me suis arrêtée près d’une maison et les gens viendront m’apporter à boire et à manger, c’est sympa. A midi je repars, mais là je retombe sur de la vraie montagne et en 20 km, je vide ma batterie. J’ai fait alors 72 km, le soleil à disparu alors, je dois rechercher une prise électrique. Je m’arrête dans un garage où on accepte de mettre Petit Prince en charge. A côté, il y a un restaurant où je vais prendre une bière, je sais que ce n’est pas raisonnable en cours de route, mais c’est une bière pour mon moral, pour le réconfort…Et devant le restaurant, se trouve une table avec la viande exposée, visiblement comme produit d’appel

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Ils sont étonnés que je ne veuille pas manger mais seulement boire. Non vraiment, quand je vois toutes ces mouches sur cette viande exposée à l’air libre, non merci.

Je vois repartir un couple en moto du garage. Le conducteur a un casque, ce qui est exceptionnel, mais la femme derrière tenant un bébé dans les bras, n’a pas de casque.

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J’ai vu aujourd’hui, une moto avec 5 personnes dessus, le conducteur avec 2 petits devant lui et 2 petits derrière lui. Je suppose qu’il est allé chercher tout ce petit monde à l’école. Il roulait vite et tout le monde sans casque évidemment. Vous imaginez, le trou qu’il ne voie pas, la roue qui crève, etc. 5 personnes d’un coup. Cela me terrifie à chaque fois que je vois cela. Quelle inconscience collective car ils sont tous pareils.

Au bout d’une heure et demi, je répare car il est 15h30 et il faut que j’avance. Avec 1h1/2 de recharge, la batterie est à 60% à 70% de charge a peu près, ce qui devrait me suffire pour faire les 30 km suivants si cela ne monte pas trop fort. J’ai repéré un gros bourg à 100 km et c’est là que j’ai prévu de passer la nuit (il faut évidemment que je trouve un hôtel). Les montées sont raisonnables et j’arrive vers 17h15 dans ce bourg. Mais là catastrophe, après avoir demandé à 3 personnes différentes ou se trouvait un hôtel, les 3 m’ont répondu qu’il n’y en avait pas. Et ce que je redoutais depuis que je n’ai plus qu’une seule batterie est arrivée, donc une faible autonomie, pas d’hôtel, peu de batterie et devoir continuer. La ville suivante est à 23 km ce qui est beaucoup en montagne, d’autant plus que je ne connais pas le relief, comment va-t-il être ?

N’étant pas en situation de choix, la mort dans l’âme, je continue, mais je sais que c’est complètement déraisonnable. Je repars donc l’angoisse au ventre et les faits me donneront raison d’être angoissée. Sur les 23 km, il y aura 17 km de montée puis 6 km de descente. Et la montée est forte. Alors je mets le minimum de puissance, 100W, ce qui est très faible et je monte surtout en poussant fort avec les jambes. Mais en fin de journée, tout cela est très épuisant et j’ai du mal. Je ne sais pas combien de km dure cette montée et c’est long, très long. J’ai des problèmes de souffle, il faut que je m’oblige à ventiler très régulièrement. Je sais que ce que je fais est trop dur physiquement pour moi, mais il faut que je monte. Et je monte doucement, je m’épuise, je n’en peux plus. Je vois la batterie dépasser les seuils les plus faibles que je n’ai jamais atteint soit 42V, elle va couper par sécurité. Le dernier km (je ne saurais qu’après que c’est le dernier km !…), je zigzague, je n’arrive plus à tenir le guidon, les jambes sont flageolantes et je me mets à pleurer de fatigue et je me répètes « ne t’arrête pas, tu ne pourras pas repartir », je vois le niveau de la batterie atteindre 40V (je me rappelle que Jean Claude m’a dit que c’était le seuil limite), je crève d’angoisse et tout d’un coup je suis au sommet, je n’en reviens pas que le moteur ne m’ait pas lâché, que j’ai réussi ce qui pour moi n’était pas faisable. Mais maintenant il fait nuit. Mon GPS me dit qu’il reste 6 km, pourvu que cela ne soit que de la descente.

Je descends tout doucement car je n’ai qu’un faisceau de lumière de 10 à 15 m en face de moi et il y a des trous sur la route. Alors je freine beaucoup, ce qui me régénère aussi un peu la batterie puisque j’ai une petit régénération moteur. A un moment, sur 500m, il y a des travaux et un très mauvais passage. Mon Dieu que j’en ai marre. Je me mets au milieu de la route, obligeant un camion qui me suit à s’arrêter derrière moi, il klaxonne puis finit par comprendre que j’ai besoin de ces phares pour voir les trous et ne pas tomber alors il me suit gentiment. L’obstacle est franchi et je continue doucement ma descente. A la sortie d’un virage, je vois la ville au fond de la vallée donc je n’aurais pas à remonter, ouf ! Et j’arrive en ville, il est 18h45, cela fait plus de 3/4 d’heure qu’il fait nuit. Et maintenant j’appréhende le fait de devoir recherche un hôtel, je suis tellement fatiguée. Dès l’entrée de la ville, je vois un homme promenait son chien. Je m’adresse à lui pour lui demander un hôtel et il éclate de rire car derrière le mur devant lequel il se tient, il y a un hôtel, quelle chance de trouver tout de suite.
Ils acceptent Petit Prince qui se retrouve à charger dans un beau hall en marbre.

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Et moi je file prendre une douche car je suis trempée de sueur, puis je vais manger un bon plat de pâtes et à 21h30, je me couche. Mais je ne dormirais pas bien à cause de l’excès de fatigue, mais assez de sommeil quand même pour repartir le lendemain.

Merci à Catherine et Denis pour leur don. Je me souviens extrêmement bien de vous, de votre splendide maison, de votre accueil chaleureux et généreux. Et encore merci pour la bonne adresse donnée du café qui m’a permise de rencontrer Françoise qui m’a hébergée 3 jours dans un superbe petit chalet.

2 réflexions sur « ÉTAPE 87 »

  1. Bravo Corinne pour ton courage et ta ténacité. Tu vas bientôt voir le bout de ce périple fou.
    Tiens le coup. Bisous

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