ÉTAPE 68

Suntrip 2018, étape 68, le cauchemar de la Chine à vélo

Mercredi 5 septembre, Tianshui, très peu de soleil, celui-ci continuant à jouer à cache cache avec les nuages.

Bilan vélo: 115 km

Je suis partie ce matin à jeun et sous la pluie. Encore un hôtel qui a un excellent restaurant mais rien le matin pour le petit déjeuner. Je trouve vraiment cela étrange. Il me restent la moitié du petit déjeuner de la veille que je prendrais vers 9h30.
Et je pars en suivant la route G316 et c’est un cauchemar de route qui m’attend pour la journée. Et très vite cela commence.

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Comme vous le voyez, je ne passe pas loin d’un tunnel traversant une grosse colline, c’est celui de la bonne route, la G30 qui m’est interdite. Moi je vais devoir suivre la route en bleu sur la droite de la carte, celle qui zigzag et qui monte au sommet de la colline.

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Arrivée en haut, à 12 km j’ai vidé 1/3 de la batterie, ce qui en dit long sur la montée, puis je descend dans une autre vallée. La route est en macadam, pas large mais je peux rouler dessus. Cette route traverse des villages où sur le côté se tiennent de nombreux petits marchands de raisin.

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La route passe souvent près de mur pratiquement verticaux, c’est impressionnant. Sur celui-ci, une maison est posée au milieu, c’est étrange comme lieu de vie.

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Puis pour la 2é fois, la route s’éloigne beaucoup de la G30 et remonte une colline encore plus haute. Là l’asphalte a quasiment disparue et cette route est vraiment dangereuse. Les camions sont interdits, la route est restreinte à l’entrée et il y a un garde. Visiblement cette route n’est empruntée que par les gens qui habitent dans les tous petits villages situés sur la ligne de crête. Et je monte la seule route qui m’est autorisée et c’est complètement fou et très dangereux. Il n’y a aucune barrière de sécurité, le vide est sur ma droite avec des abrupts tels que vus sur la photo précédente. Vous imaginez bien que je monte collée à la paroi sur la gauche. Comme il y a très peu de passage, ce n’est pas un problème. Cette route n’a plus du tout de goudron, c’est une piste avec plus ou moins des cailloux. C’est très dur à monter à cause de l’absence de revêtement. Et dire que je dois emprunter cela pour ma sécurité, pour éviter la 4 voies soi-disant dangereuse pour moi. Comment peut-on nous faire cela (Françoise est dans la même situation que moi). Arrivée en haut, je n’ai pratiquement plus d’énergie dans la batterie et je n’ai fait que 60 km. Comme un rayon timide de soleil apparaît, je m’installe sur la crête et je reste une heure. Les paysages sont magnifiques mais le prix à payer pour les voir est trop élevé.

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Ayant très peu rechargé mes batteries je redescends. La route a de temps en temps était refaite sur des petites portions avec des scènes surréalistes comme ce poteau électrique situé sur la route

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Vous voyez aussi l’absence totale de barrière de sécurité et la hauteur du dénivelé en dessous. Je descends très doucement.
Puis la route n’a plus du tout de revêtement et c’est complètement galère car la pluie a transformé certaine zone en bourbier et crée des trous


A un endroit ou un autre, par moment, il y a des zones en travaux. Alors d’un côté, il y a la piste et de l’autre la route en construction avec souvent un textile blanche dessus. Dès que je peux, je roule dessus étant plus en sécurité que sur la piste.
Mais la piste malheureusement domine et cela me vaudra une nouvelle chute qui aurait pu avoir des conséquences graves

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Je roule très prudemment et au dernier moment je vois des morceaux de tiges de fer dans le sol et des trous, je freine, dérape et la roue avant tombe perpendiculairement dans le trou, éjectant ma jambe droite qui tombe également dans le trou. La douleur est brutale. Ma jambe est complètement enfoncée et je ne touche pas le fond. Le vélo est couchée, une sacoche éjectée. Et rassurez-vous, plusieurs voitures passent à côté de moi et personne ne s’arrêtera. Toutes la journée les voitures passent à côté de moi en me filmant, en levant le pouce mais là dans cette situation difficile, je n’intéresse personne. Une fois la violence du choc passée, je me redresse, regarde ma jambe. J’ai instantanément un gros hématome qui se forme mais pas de plaie. Je sais que j’ai eu une chance folle de ne pas me casser la jambe ou m’embrocher sur une tige de fer. Je retire la roue avant du vélo du trou et comme à chaque fois, ce vélo me stupéfie par sa robustesse. Il n’a rien, la roue n’est pas voilée. Je remets tout en place mais inutile de vous dire que le cœur n’y est pas. Ma jambe me fait mal et je dois pédaler car je n’ai pas le choix. Et dire que j’aurais pu éviter tout cela. Quand j’ai demandé à Florian où m’arrêter en train, je suis descendue là où il m’a dit soit à 1000 km environ avant Xi’an. Mais FLorian a conseillé à Youssef et Mohammed de descendre à Xi’an où ils ont pu tranquillement faire des visites. Je me demande vraiment pourquoi cette différence de conseil alors que Françoise galérait déjà comme une folle dans cette région.

Je continue à rouler mais j’ai peur. Je sais que j’ai échappé de peu à la catastrophe, que j’ai eu de la chance mais on ne provoque pas comme cela la chance. Elle peut tourner. Je prends trop de risque et ce n’est pas mon choix, tout cela m’est imposé. Si j’avais su cela avant, il est évident que j’aurais tout arrêté à Almaty.

Si j’avais été bien conseillée, je serais descendue directement à Xi’an et je n’aurais eu que 2000 km à faire pour finir. Là je rame comme une folle sur des routes insensées et je fais vraiment tout ce que je peux sur des routes invraisemblables car je suis interdite de route normale.

Arrivée à Tianshui, je décide de m’arrêter car ma jambe me fait mal et nouveau cauchemar. Je m’arrête dans 3 hôtels et les 3 hôtels me refusent car je suis étrangère. Moralement, je n’en peux plus. Comment peut-on croire que le délit de sale gueule existe à ce niveau là en Chine. Un étranger, c’est vraiment l’ennemi potentiel. Quel accueil …
Désespérée, je repars et finis par arrêter une voiture de police. Le policier n’a pas le temps de m’emmener dans un hôtel acceptant les étrangers. Je mets mon vélo devant sa voiture et ne bouge plus. Il finit par m’emmener au commissariat où la on me demande mon passeport. Irritée je réponds que cela ne va pas m’aider à trouver un hôtel. Et je leur dis que soit ils m’emmène dans un hôtel soit je mets ma tente dans leur cour et branche Petit Prince sur leur courant. Ils voient que je suis très en colère et l’un d’eux m’emmène dans un hôtel bien à l’écart de la ville. Il n’y a pas de restaurant et ils me vendent une sorte de bolino géant dans lequel il faut verser de l’eau chaude. J’avais tout à fait besoin de cela comme repas de réconfort.

Arrivée dans la chambre, je regarde ma jambe droite. J’ai un hématome qui fait la moitié du tibia et qui a la taille d’un petit pamplemousse. La seule chose dont je dispose pour cela est l’huile essentielle Hélicryse pour les hématomes. Je masse avec cela.
Et je vais me coucher. Je sais que je vais mal dormir car ce voyage crée trop d’angoisse. J’étais préparée à beaucoup de choses mais pas à ce qui m’arrive actuellement en particulier l’accès aux routes.

Avant de m’endormir, je regarde la carte du trajet demain. Je suis bien décidée à forcer la barrière de péage à nouveau mais à ma grande tristesse, il y a une entrée d’autoroute dans cette ville (qui aura obligatoirement un poste de police comme dans toutes les villes) et puis la route à suivre s’éloigne de la bonne route sur 92 km sans être reliée à la G30 donc demain sera encore une journée cauchemar sur la route.

7 réflexions sur « ÉTAPE 68 »

  1. Et plus le temps passe plus le corps et la volonté disent stop..alors pas de précipitations, profiter du paysage c’est déjà cela

  2. Hello, Corinne, et bien, chaque jour t’apporte son lot d’aventures ou de mésaventures, dont tu te passerais bien, sans nul doute.
    Bravo pour ta ténacité car beaucoup abandonneraient.
    Prends bien soin de toi et fais super attention à ces routes piégeuses.
    Il faut que tu reviennes en France en bonne forme et …entière.
    Bisous

  3. Bonjour,
    Si je comprends bien le cauchemard continue j’espère que la suite de la route sera meilleure.
    Amitiés
    Bernadette

  4. Encore une grosse frayeur, heureusement que tu es équipée pour cette allergie, je comprends que tu aies paniqué quand tu as vu la guêpe.
    Allez, espérons que la route se passe bien demain, tu as droit quand même à des journées de répit.
    Je t’embrasse Corinne, courage

  5. Ta chute aurait pu être plus mauvaise et heureusement il semble que les dégâts soient limités à un hématome. J’espère que tu vas vite t’en remettre. L’accident est ce qui peut nous arriver de pire sur la route.
    Mais pour le reste relativise. Tu te mets la pression avec cette arrivée dans les 100 jours mais c’est bien dommage car sinon tu serais juste en train de faire un formidable voyage. Pour moi le cauchemar c’est plutôt quand je suis obligée de rouler sur une autoroute. Emprunter une petite route, même pentue et défoncée, qui permet d’aborder des paysages aussi extraordinaires, ce n’est que du bonheur. Et partout le plus souvent tu trouves des gens qui t’aident sans contrepartie et tu fais des rencontres formidables. Le rapatriement des vélos est une contrainte bien stupide dans le fond. Elle n’est que financière. Moi pour le ST 2015 j’ai dépensé la même somme pour faire 2 A/R en avion pour recevoir une simple piqûre et en général je ne peux pas m’éloigner de mon centre de chimiothérapie plus de trois semaines. La contrainte est autrement plus forte. Alors je t’envie vraiment. Je ne veux pas te faire une leçon de morale mais relativise afin de profiter au mieux de la chance que tu as de pouvoir visiter la Chine à vélo. Bises.

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