ÉTAPE 67

Suntrip 2018, étape 67, une très grosse frayeur

Mardi 4 septembre, Gongjiamen, nuages et pluie, petite éclaircie brève vers midi

Bilan vélo: 106 km à 444 km de Xi’an

Ce matin, l’hôtelier a continué à s’occuper de moi avec grande gentillesse. Il est allé acheté du pain et de la confiture pour mon petit déjeuner (ils n’ont aucune restauration), puis au moment de partir, il m’a fait remarquer que la roue arrière de ma remorque n’était pas assez gonflée et 5 mn après un homme est arrivé avec une pompe pour la regonfler. C’est le plus gentil accueil que j’ai eu dans un hôtel. Et c’est bien agréable quand vous voyagez seule.


Il me faut partir et le ciel est encore complètement couvert. Le relief est comme hier, une succession de montées avec toujours cette énorme différence de route entre ce que l’on m’oblige à suivre et la route 4 voies G30, droite et n’épousant pas le relief mais le coupant. Et dire que ce sont les plus forts qui l’ont suivi, les hommes et que nous, les 2 femmes seules, nous suivons les routes les plus dures. Cherchez l’erreur !…Je n’ai pas de trike me permettant de passer sous les barrière de péage et la seule fois où je suis rentrée sur cette 4 voies, c’est grâce à une barrière cassée qui m’a laissé de la place, place que je n’ai pas eu pour sortir.

Et comme toujours dans ce genre de situation sans soleil, et avec du relief, la consommation de la batterie est forte et l’autonomie faible, autour de 100 km par jour que je n’arrive pas à dépasser ce qui me fruste quand vous avez beaucoup de route à faire. Il y’a quelque chose que je ne comprends pas dans ce Suntrip, c’est comment font les concurrents que ne roulent qu’au solaire. Quelle est la part de « motorless » qu’ils font ? Car aujourd’hui, j’ai regardé souvent mon compteur lié au solaire et il indiquait une charge oscillant entre 5 et 15 W, c’est à dire, rien du tout. Donc sur la Chine, j’en conclue qu’ils en ont fait une grande partie « motorless ». Leurs vélos doivent être très légers par rapport au mien pour pouvoir se permettre cela. Il faut dire que rouler en Chine avec des vélos solaires au moment de la mousson me semble étrange. Je n’ai pu recharger au solaire, réellement, qu’un jour. Personnellement, je ne fais pas une belle démonstration d’autonomie avec mon vélo solaire. Le seul pays où vraiment, j’ai pu rouler tout au solaire est l’Ouzbékistan.
Je continue à suivre cette G312 qui s’éloigne régulièrement de la 4 voies pour franchir les collines. Et sur la plus haute que j’ai monté, le paysage est époustouflant. Arrivée en haut, je suis la ligne de crêtes et je vois les 2 vallées (seule avantage de suivre cette route !)

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J’aurais même droit, à ce moment là, à la seule petite éclaircie de la journée, comme vous pouvez le voir sur les photos. Dommage que je n’ai pas de compteur me permettant de connaître l’altitude mais je dois être à une bonne altitude car à un moment j’ai eu un essoufflement que je déclenche quelque fois avec l’altitude.
Même en haut d’une colline, sur une ligne de crête, les caméras de surveillance sont installées alors qu’il y a très peu de circulation et, bien sûre, je serais flashée. Quel flicage !

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Puis je me lance dans une belle descente où je dois vite freiner car il y a des beaux trous sur la route et la plus grande vigilance s’impose. Et en bas de la descente, soudain, une violente douleur brève juste au dessus de la cheville. Je regarde et je vois une guêpe qui vient de me piquer. Branle-bas de combat car je suis allergique.

J’arrête précipitamment le vélo. J’ouvre la remorque, sors la trousse d’urgence qui se trouve toujours sur le dessus pour pouvoir la prendre très rapidement, je prends les 2 médicaments dont j’ai besoin, la cortisone et la piqûre d’adrénaline si la situation dégénère, tout cela en 3 mn car la situation peut évoluer très vite. Je prends ma trousse de toilette pour en sortir l’huile essentielle Lavendun Aspic et je badigeonne la piqûre de cette huile et cela à plusieurs reprises. Puis je m’assoie, les jambes dans le fossé, les yeux sur la piqûre et j’observe l’évolution de la plaque rouge. Que vous dire, que sinon dans ce genre de situation, l’anxiété est au maximum. J’ai déjà failli en mourrir une fois à l’âge de 25 ans, j’ai du subir 2 désensibilisation à l’hôpital. Je suis à côté de la balise d’urgence tout en sachant que si jamais je la déclenchais, les secours arriveraient trop tard. J’envoie un petit texto à l’organisation pour les prévenir de la situation et j’attends. Le stress est maximum. La route est étroite, tous les camions me klaxonnent se demandant pourquoi je suis arrêtée là. Et moi j’attends, j’attends et j’observe ma jambe. Beaucoup de choses vous passent par la tête, dans ces moments là. Et les minutes passent lentement mais la plaque rouge n’évolue pas, je sens que je ne vais pas faire de réaction, que je ne vais pas crever sur une route chinoise d’une piqûre de guêpe. Peu à peu l’anxiété passe et je décompense. Au bout d’une heure, je range ma trousse d’urgence et je repars, mais ce fut un moment très difficile pour moi. Je regarde mon compteur et j’avais 42 km avant mon arrêt.

L’angoisse est totalement passée et je roule normalement. Vers 16h, il se met à pleuvoir, une pluie de mousson. C’est difficile de rouler dans ces conditions là mais il faut que j’avance. Déjà que le relief, l’absence de soleil me font faire des petits kilométrages mais si je m’arrête avec la pluie alors je n’avance plus. La G312 a fait place à la route G316 qui est en mauvaise état et je suis un peu découragée par toutes ces conditions difficiles. Sur les 10 derniers km, j’alternerais 1 km de route normal et 1Km de route défoncée sans goudron. Avec la pluie sur les lunettes, j’ai du mal à voir les trous, nous sommes secoués comme un prunier et j’ai peur de la chute ou de la casse. Au bout de 10 km, je déclare que j’en ai marre de ce merdier et qu’il faut que je m’arrête pour la nuit. Je vois une voiture de policier arrivée en face de moi et je leur demande l’adresse d’un hôtel. Ils me répondent, comme toujours très gentiment. Il y en a un à 4,5 km à la sortie du péage de l’autoroute. Et c’est ainsi que je me retrouve dans une chambre dont les fenêtres donnent sur le péage comme pour me narguer.

Je dois encore batailler au restaurant pour avoir du riz blanc et de la viande grillée. Je n’obtiendrais pas la viande grillée car on dirait que c’est hors culture, seulement la viande cuite à l’huile. J’ai bien spécifié que je ne voulais aucun légume et bien sûr la viande arrivera avec les légumes. Essayer de faire un régime en voyage dans ce pays, c’est vraiment impossible et pourtant je m’acharne à essayer.
Je rêve d’une bonne bière mais c’est hors régime …

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