ÉTAPE 66

Suntrip 2018, étape 66, comment rallonger inutilement un parcours

Lundi 3 septembre 2018, Nianlipu, soleil jouant à cache cache avec les nuages

Bilan vélo : 107 km

Lorsque je me réveille, je vois pour la première fois, un grand et beau soleil. Que c’est agréable lorsque l’on roule en vélo solaire !…


J’ai RV à 7h avec Shannon pour aller prendre le petit-déjeuner dans un restaurant à côté de l’hôtel. Lorsque j’arrive, elle est déjà là avec sa caméra prête à filmer. J’ignore ce que donnera son film, mais j’aurais fait tout ce qui en mon pouvoir pour l’aider. Je lui dois beaucoup car cette belle rencontre m’a permis de tout de suite me remettre en selle: massage chinois, très bon restaurant et interview sympa, que des moments heureux (fabuleux après une journée comme cela). Merci à toi Shannon de m’avoir harponnée dans la rue.

Je sors Petit Prince de son garage où il a pu passer la nuit bien protégé et nous voilà repartis sur la route en direction de Xi’an. Le GPS indique 640 km à faire pour atteindre ma destination, mais bien sûr, il calcule la distance avec la route la plus intelligent à prendre, la G30, cette belle route à 4 voies qui m’est interdite.

La sortie de Lanzhou est totalement spectaculaire car elle s’étale sur 15 km, distance que je ferais … en 3h (je crois que c’est la moyenne la plus basse à l’heure que je n’ai jamais faite, 5 km/h). C’est très frustrant quand on sait que l’on a 640 km à faire pour atteindre son objectif. Cette ville est très embouteillée et l’absence ou le non respect d’un code de la route rend toujours cela très dangereux. C’est simple, tout est permis à tout le monde, pas de priorité sur la route, c’est la loi du plus fort, alors on voit de tout comme doubler sur la droite, camion faisant demi tour sur la route, voiture à contre sens, feux rouges non respectés, autobus vous coupant régulièrement la route sans jamais vous laisser passer même si vous êtes très engagé, ou sortant de leur arrêt en faisant comme si vous n’existiez pas, etc…Donc la vigilance doit être parfaite et parfois vous êtes un peu dépassé quand plusieurs choses arrivent à la fois. C’est pourquoi je ne roule pas vite pour essayer d’éviter tous les obstacles.

Mais en sortie de la ville, je me heurte de nouveau à des travaux sur la route que je dois prendre, la G312. Je passe 3/4 d’h à essayer de trouver comment retrouver cette route après les travaux mais malgré mes efforts, je n’y arrive pas. Alors, je me dirige vers l’entrée de la G30 où je suis sûre de trouver un poste de police, ce qui est effectivement le cas. Je m’adresse alors au policier sur la route (par l’intermédiaire de l’application traductrice) et je lui explique mon problème qu’il comprends tout de suite. Il appelle un collègue pour l’aider à me répondre et au bout de 5 mn, ils sont 5. Dans les policiers présents, j’ai déjà repéré la « bonne personne », celle qui peut aider. Mais je sais bien que la seule solution est de m’escorter mais la décision ne peut pas venir d’eux, il faut que la décision vienne d’un « chef ». Alors on appelle le chef. Celui-ci arrive, il est nettement plus âgé que les autres. Et dès qu’il me voie, il fait une chose incroyable qui me stupéfie : avec son pied, il pousse violemment la remorque. Cela me déséquilibre instantanément et provoque ma chute. Les policiers se précipitent pour m’aider et je vois qu’ils sont tout aussi surpris et choqués que moi. Je me redresse rapidement et je me mets face à lui. Il est évident que je ne peux pas laisser passer un comportement comme cela. Je le regarde droit dans les yeux et il est très gêné. Celui que j’avais repéré se rapproche immédiatement et en profite pour dire qu’il faut m’escorter, ce que le chef acceptera tout de suite. Je pense que cet homme n’a pas voulu mal faire mais il voulait juste savoir de quoi était faite la remorque. Et il n’a pas réfléchi plus que cela aux conséquences de son acte. Mais ce qui est sûr, c’est que provoquer ma chute est invraisemblable.

Je pars donc derrière ce policier qui roule en Vespa devant moi. Et la route empruntée est inimaginable pour moi. Cela commence par des montées très fortes dont une à plus de 17% et le résultat est comme en Autriche quand j’avais fini par être recueillie par Heidi. Je reste coincée au milieu de la montée, incapable d’empêcher le vélo de descendre alors que les 2 freins sont serrés au maximum. Le poids est trop lourd et entraine le tout. Mais là, un automobiliste roulant dans l’autre sens et comprenant la situation s’arrête et vient à mon secours en arrêtant la remorque. Le policier s’arrête également et arrive en courant. A 3, nous finirons la montée qui comme souvent n’est pas longue mais a une pente très forte. Puis on fait 1km de route normale et 1km de route défoncée où il n’y a plus de goudron. Je dois faire très attention à éviter la chute aussi j’avance doucement et je me demande vraiment ce que je fais dans cette galère emmenée par un policier. Mais je n’ai pas tout vu. Pour les 3 derniers km, nous roulerons sur la bande d’urgence à contre sens sur une route à 6 voies. Je suis terrifiée et je n’en mène pas large. Je n’ai jamais fais cela de ma vie, c’est hyper dangereux et je fais cela pour éviter une route à 4 voies soit disant dangereuse pour moi, tout cela n’a aucun sens. On finit par arriver à un passage piétons où je descend de vélo, traverse de l’autre côté après que le policier ait arrêté les voitures. Ouf, je rentre dans la normalité mais quand on voit cela, on comprend que tout est possible sur la route. Et je ne risquais pas de trouver le chemin toute seule !…

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Je roule donc sur cette G312, seule route qui m’est autorisée. Elle est en bonne état et agréable. Par contre, c’est la route du chemin des écoliers. Je vais vous expliquer cela:

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Sur cette carte, vous voyez 2 routes, une orange sur la gauche, c’est la G30, celle qui m’est interdite et l’autre, c’est la G312, celle que j’emprunte

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La G312 descend dans les vallées, passe les cols, donc je passe mon temps à monter et à descendre (avec une grosse consommation de batterie) et la G30 va tout droit, elle est régulièrement en viaduc pour ne pas faire de montées et descentes. La conséquence est que la route que je suis est beaucoup plus longue et fatigante. À un moment, mon GPS indique que je suis à 587 km de mon objectif et il indiquera cela pendant 10 km de détours. Vous imaginez ma frustration de pédaler et de ne pas me rapprocher de mon objectif. Mais voilà c’est comme cela, je n’ai pas le choix et je ne vais pas recommencer à vouloir rentrer en force sur cette route.
Par contre cette route me permet de voir de beaux paysages
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Elle est ombragée, ce qui est très agréable mais en complété contradiction avec l’utilisation des panneaux solaires car ils sont tout le temps à l’ombre. Comme ces montées me font consommer beaucoup de batterie, je m’arrêterais 1h1/2 pour essayer de recharger, mais le soleil étant régulièrement caché, je n’arriverais pas à grand chose.
Vers 18h30, je cherche un endroit pour dormir. Je vois un poste de police et je demande un hôtel, cela évitera de me faire chasser comme étrangère. Un hôtel se trouve en retrait à 300m de la route et un policier m’y emmènera. Et là je tombe sur un petit hôtel familial très sympa (on ne me demandera même pas mon passeport, ce qui est exceptionnel). Je leur demande si je peux manger et ils me demandent ce que je veule. J’explique bien le choix de ce que je veux et pourquoi c’est important de respecter mes choix. L’homme m’apportera tout ce que je veux 1/2h après dans ma chambre et je suis contente car je peux manger sainement.

 

Puis j’aurais la joie d’avoir un long coup de fil de mon mari me donnant des nouvelles de toute la famille. Je suis heureuse de savoir que tout va bien pour tout le monde et je m’endormirais sans problème.
Lorsque je me réveille le matin, le ciel est tout gris à nouveau, ce qui veut dire que si la route continue à être une alternance de bonnes montées et descentes, j’ai un petit kilométrage en vue: 70 km à 80 km et que l’objectif est encore lointain.

4 réflexions sur « ÉTAPE 66 »

  1. Hallo Corinne, verlier jetzt nicht den Mut, du kommst deinem Ziel täglich näher. Es ist praktisch schon in Sichtweite. Ich bewundere deinen Mut und deine Stärke. Und ich bin froh dich kennen gelernt zu haben. Liebe Grüße aus Österreich von Heidi

  2. Pour parodier Louis de Fines….Corinne tu nous épates. ..tu nous épates. ..tu nous épates… alors tu va y arriver. Avec nos pensées. ChrisCat.

  3. Sympa cette rencontre avec Shannon, c’est la deuxième fois je crois, que tu fais l’objet d’un reportage.Je vois également que tu ajoutes à ta collection une nouvelle photo avec un policier, ils ont l’air d’aimer faire les vedettes avec toi après t’avoir bien ennuyée!
    Après encore une journée bien fatigante, ça fait plaisir de voir que tu peux enfin souffler et que tu as un bon gite et couvert.
    Bon repos et bon courage pour continuer
    Bises

  4. Respect Corinne !!!amis de François et Gilles ( Tarn) nous vous suivons ainsi Que Françoise Dennel!
    Où avez vous trouvé cette force ? Autant de persévérance,….votre sociabilité…. avec les belles rencontres que vous faites….
    On vous embrasse

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