ÉTAPE 60

SUNTRIP 2018, Étape 60, journée de vélo tranquille

28 août 2018,  à 90 km de Zhangye , temps très gris

Bilan vélo 127 km

J’ai la chance d’avoir fait une halte dans une maison et d’avoir partagé le repas familial mais il y a un inconvénient auquel je n’ai pas pensé, c’est que très souvent les chinois mangent leurs plats très épicés. Et mes intestins n’apprécient pas.

Si bien que ce matin, je me suis vidée à nouveau très brutalement et j’ai du prendre de l’imodium. Je n’arrive vraiment pas à me sortir de ce problème et comme à chaque fois, cela me coupe les jambes. En plus, il n’y a pas de soleil, le ciel est très gris, je vais même peut être avoir de la pluie. Donc cela veut dire un petit kilométrage, faute de pouvoir recharger en cours de route. De plus, je partirais tard car j’ai essayé, en vain, de vous envoyer les newsletters écrites mais rien ne passe, ce qui me fruste totalement. Mais je continue à écrire tous les jours dans l’espoir de trouver une solution.

Après un repas, petit déjeuner où je ne mange pratiquement rien, je pars mais il est 9h30. Je ne pars jamais si tard car le matin, tôt, est vraiment le moment le plus agréable de la journée pour pédaler. Je continue à suivre la même route, la G312, ancienne route avant la construction de l’autoroute G30. Dans l’ensemble, la route est en bon état, visiblement bien entretenue. J’aurais même le droit à 15 km de travaux, mais non dangereux pour le vélo. De temps en temps, je traverse un petit village consistant en une rangée de maisons, de part et d’autre de la route et pratiquement chaque maison a un petit commerce. J’en profiterais pour faire une halte dans une petite épicerie pour reprendre de l’eau car il faut que je boive même s’il ne fait pas chaud. Puis j’aurais 50 km de steppe sans rien, aucune habitation, juste sur la gauche, un village ceint de murs et gardé par l’armée. C’est la première fois que je suis dans la steppe sans une très grosse chaleur et c’est drôle car du coup, c’est complètement différent. Je m’arrêterais pour faire ma halte repos tranquillement au bord de la route, sans rechercher d’ombre. Je m’allongerais sur du sable pour me reposer avec un ciel bien gris au dessus de la tête. Les couleurs sont différentes et pourtant c’est la même steppe. J’ai repéré sur la carte un village à 130 km et le suivant à 220 km donc je devrais m’arrêter au premier village.
Je continue donc à rouler tranquillement sans me presser car je sais que je n’aurais pas une grosse étape. À un moment un camion me double et s’arrête, ce que ne font jamais les camions, seules les voitures s’arrêtent. Et j’ai droit à une séance de photos et selfies. Je ne comprends pas l’intérêt d’avoir sa tête avec celle d’une inconnue casquée mais cela a l’air de leur faire tellement plaisir que je le fais toujours gentiment. Puis je repars. Il y a très peu de circulation (tout le monde doit prendre l’autoroute) et c’est bien agréable de rouler dans ces conditions. Mais l’heure tourne et vers 18h30, j’arrive au niveau du village. Je commence à chercher une maison pouvant m’accueillir. Et à première vue, comme cela, rien ne m’inspire. Je vois un café avec plusieurs consommateurs en terrasse. Je m’arrête devant et immédiatement les consommateurs se lèvent et viennent voir le vélo. Je leur montre alors le petit texte que m’a écrite ma voisine de train et cela marche à nouveau. Une mère et sa fille acceptent de me recevoir mais il faut que je suive leur tricycle à moteur, très fréquent partout, pour aller chez elles. Je les suis donc pendant 2 km environ et j’arrive dans une maison avec une cour fermée par un mur. Je sens que je vais être très bien reçu. Je gare Petit Prince et je le mets en charge pour qu’ils puisse être prêt à partir demain.

IMG_1245

Puis, les 2 femmes m’amènent une bassine qu’elles mettent par terre au milieu de la cour… pour me laver. Je suis un peu étonnée de ne pas faire cela dans une pièce isolée (c’est la première fois) mais je me déshabille et me lave. Elles sont étonnées. Je ne sais pas si c’était seulement pour le visage. J’ai peut être fait quelque chose qu’il ne fait pas faire, j’en sais rien.
Puis, je fais la lessive de mes vêtements en profitant de la bassine. Elles renouvelleront l’eau régulièrement et m’amèneront de la lessive. J’aurais des vêtements propres demain matin et c’est bien agréable. Puis elles m’installent dans le salon et vont préparer le repas. La cour est entourée de petites pièces sur 3 côtés et dans l’une d’elle se trouve la cuisine.
La maison a du Wifi, alors je tente d’expédier mes newsletters comme j’essaye depuis le début et là, cela marche pour la première fois. Je suis contente mais du coup, cela va faire plusieurs newsletters à la fois, mais c’est cela ou rien.
Puis je suis appelée pour le repas. La table se trouve dans la cuisine et elle est basse. Le père nous rejoint et les grands parents (parents de la mère). Et tout ce petit monde se met à table.

IMG_1236IMG_1238IMG_1239

Je m’aperçois vite que la grand-mère semble avoir une maladie mentale, elle semble être dans son monde à elle. Elle m’adresse la parole mais on me fait signe de ne pas m’en faire. Quelle chance elle a de ne pas être dans un EPAD et de pouvoir continuer à vivre en famille. C’est comme autrefois en France, on garde les personnes âgées avec soi. Avec l’enfant unique prôné par la Chine, les grands parents sont sûrs d’avoir un accueil pour leur vieillesse. Mais j’ai lu qu’un nouveau code civil se prépare en Chine et que l’obligation de l’enfant unique va disparaître car la population est trop vieillissante. Mais les chinois, paraît-il, renâclent à faire plus d’enfant car cela diminue trop leur train de vie.
Par chance pour moi, le plat proposé ne semble pas avoir d’oignons, ni être trop épicé. J’espère qu’il va convenir à mes intestins !…

On passe ensuite un moment ensemble dans le salon. Tout le monde est sur un mobile et personne ne parle, c’est une drôle d’époque où on va échanger avec quelqu’un qui est loin et ne pas parler aux gens proches de vous. C’est étrange à observer.
Puis vient l’heure de se coucher. Visiblement la jeune fille m’a cédé sa chambre. Je m’installe pour la nuit mais malheureusement je ne dormirais pas bien. J’appréhende essentiellement 2 choses par rapport au vélo :

– que la chaîne casse dans un lieu isolé ce qui me tracasse (je suis toujours très en colère que ma chaîne neuve que j’ai payé soit sur le vélo de François et Gilles) car si je sais changer un maillon de la chaîne avec un maillon rapide, si plusieurs cassent à la fois, je ne pourrais pas m’en sortir.

– Les crevaisons: si je sais m’en sortir pour la roue avant et la roue de remorque, ce n’est pas le cas avec la roue motrice. Elle est trop lourde pour moi et je sais que seule, je n’y arrive pas. Il va falloir que je prenne l’autoroute car à un moment c’est la seule route et je n’oublie que ma première vilaine chute en Ukraine a été due à une crevaison de la roue arrière sur une route 4 voies.

Je n’arrive pas à me détendre assez par rapport à tout cela. Tous les Suntripeurs passés avant moi sur ces routes n’ont pas arrêtés de crever, alors je sais que cela va être pareil pour moi et j’appréhende.

3 réflexions sur « ÉTAPE 60 »

  1. bonjour,
    Merci pour toutes ces belles photos et le récit de toutes vos aventures. Bon courage heureusement le train vous a permis de bien avancer en Chine.

    Amitiés

  2. Tu penses à nous, qui pensons à toi à tous les jours ! Bonne traversée de la Chine Corinne, bisous xxx

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.