ÉTAPE 44

SUNTRIP 2018, étape 44, la disqualification par l’organisation

Mardi 7 août 2018, à 71 km de Bukhara, température 45°C

Bilan vélo ; 205 km

Le réveil dans ce café bar est difficile car comme les Ouzbeks, vu la chaleur, vivent une partie de la nuit, le café n’est devenu calme qu’à partir de 2h du matin, donc je me lève bien fatiguée. Et puis, se coucher sale car on n’a pas pu se laver n’est vraiment pas agréable. J’ai des lingettes pour se genre de situation, mais dans ce lieu, il n’y avait pas un seul endroit pour un peu d’intimité (sauf les WC dehors à fuir !…). Le petit déjeuner nous est offert à tous les 4 par la patronne du bar. C’est sympa et surprenant dans un endroit comme cela. Toujours la générosité des gens pauvres.

On part tous ensemble et je sais que la journée va être dur car à 7h30 du matin, il fait déjà très chaud et je commencerais à m’hydrater la tête à partir de 8h30. Au bout de 40 km, premier arrêt où je retrouve François et Gilles pour racheter des bouteilles d’eau. Jean Claude est parti devant avec l’intention d’arriver à Bukhara le soir. Cela fait 275 km et je sais que j’en suis incapable. J’espère pour lui qu’il va y arriver. Je repars et la chaleur devient de plus en plus difficile à supporter mais en s’hydratant fréquemment, c’est jouable. Au bout de 80 km, je vois le trike de F & G arrêté et ils déjeunent. Je les rejoins mais c’est toujours la même situation. Quand j’arrive, ils ont fini de manger. Les batteries de leur trike sont à 52V et la mienne à 48V donc eux peuvent repartir rapidement et moi, il me faudra attendre 1h1/2 pour que mes batteries aient le même voltage. J’en profite pour essayer de me reposer mais malheureusement je n’arrive jamais à faire la sieste, pourtant cela me serait bien utile.

Je reprends la route qui est en très bon état. C’est une quatre voies où il n’y a pratiquement pas de trous, donc on peut bien rouler. F&G m’ont dit qu’ils comptaient s’arrêter à GAZLI, ce qui fait en tout 165 km à faire, ce qui avec cette chaleur est bien assez. Dans les heures chaudes, je dois m’hydrater toutes les 20 mn environ. L’habitude est prise mais cela implique des kg d’eau en plus sur le vélo qui devient de plus en plus lourd. 5 km avant la ville, je commence à regarder si je vois leur trike, mais je ne vois rien. J’arrive à GAZLI donc, je me dis qu’ils ont dû trouver un endroit pour dormir ici.

Soudain mon téléphone s’allume, j’ai enfin du réseau. Je m’arrête immédiatement pour regarder les nouvelles, savoir comment vont mes enfants. Je vois que j’ai un message de l’organisation, très naïvement je l’ouvre. C’est un message de Florian Bailly, le Dr du SUNTRIP et là les bras m’en tombent.

« On va être amené à griser ta balise. Ça change pas grand chose, on continue à te suivre (bravo pour ton blog), l’accueil à Canton sera le même etc. Juste on peut plus accepté le fait que tu prennes un camion sans prévenir, en en parlant sur ton blog avant de nous le dire »

Je suis sidérée et 5mn après j’aurais une diarrhée phénoménale. Comment peut-on exercer une violence psychologique pareille avec tant d’inconscience ? La gestion de l’humain est sidérante. J’avais déjà été très choquée par le conseil de faire demi-tour. Françoise Denzel, autre concurrente, avait écrit après le même conseil « je suis cassée ». Cela m’avait bouleversée et je lui avait demandé si c’était dû au fait qu’on lui avait conseillé de faire demi-jour. Et elle m’avait répondu « Oui ». Visiblement, cela n’est pas entendu, ni compris car la même violence psychologique continue à s’exercer. Je suis fatiguée par ma journée et je m’assois par terre et je pleure un quart d’heure. Comment peut-on casser les gens de cette manière ?

Puis je remonte sur mon vélo et je repars. J’ai complètement oublié que je cherchais F&G et un lieu pour dormir. Et la, la belle route est terminée. On retrouve une route à l’état catastrophique (Jean Claude la qualifiera de « route Paris-Roubaix »). Je pédale, je suis fatiguée, je ne sais pas où je vais, je suis anéantie, je ne pense à rien ou plutôt si à tout ce merdier inutile, à cette gestion inhumaine. J’ai fais appel de cette décision mais je ne me fais aucune illusion.

Et puis un incident me ramène à la réalité. La route est tellement mauvaise que l’attache haute de la remorque vient de lâcher et la remorque s’est couchée. Miraculeusement, je ne suis pas tombée. J’ai à peine le temps de descendre qu’une voiture qui roulait en face s’est arrêtée. 2 jeunes en sortent et se précipitent vers moi. Ils redressent la remorque, retrouvent l’attache, la remettent en place. Je n’ai plus qu’à resserrer l’attache avec une clé et je peux repartir mais l’alerte a été entendue. La gestion de l’humain par l’organisation m’a fait avoir un comportement à risque et je dois arrêter cela immédiatement. Je reprends donc la route plus doucement, observe mieux les trous et surtout je me dis que je vais droit dans le mur, il me faut m’arrêter rapidement. J’ai déjà fait 35 km depuis que je suis repartie, je suis en pleine steppe/désert, il me faut trouver un point de chute et rapidement. Je roulerais encore 10 km avant de trouver une bâtisse près d’un relais. Quelqu’un est sur le pas de la porte et me fait signe d’entrer. Je ne coucherais pas au bord de la route comme j’étais partie pour le faire. C’est un lieu étrange, F&G qui s’y arrêteront le lendemain sur leur trajet, l’appelleront « Bagdad café » et avec le recul, je trouve que cela résume bien l’endroit. Il y a 2 hommes (33 ans et 60 ans) qui m’accueillent très gentiment et qui prennent soin de moi. Un peu de chaleur humaine, Dieu que cela fait du bien dans le contexte. Je leur demande s’il y a un endroit pour se laver. Ils m’emmènent derrière le bâtiment. Il y a une cuve coupée en deux de 3 m de diamètre avec de l’eau claire, un morceau de contre plaquée pour poser les pieds et une cruche pour prendre de l’eau et s’arroser. Cela fera très bien l’affaire. Je me  lave un bon moment. J’ai besoin de nettoyer cette crasse physique et morale. Je mets des vêtements propres et je me sens mieux. Pendant ce temps là, les hommes me préparent un dîner. Je me sens mieux mais reste toujours abasourdie par cette décision.

Avant de m’arrêter, j’ai vu un panneau indiquant Bukhara, 71 km, je sais donc ce qui m’attends demain matin.

Pour mes enfants: je suis absolument désolée de vous avoir inquiété pour l’absence de balise. Je l’ai mise en marche comme tous les matins et j’ignore pourquoi elle ne marche pas. Il faudra que je vérifie tous les branchements.

Pour la décision de l’organisation, celle-ci a fait un communiqué pour préciser que j’étais « hors aventure » car j’avais pris 2 fois un camion sans les prévenir (ils parlent de « récidive »).

Les 2 fois où cela est arrivé, je n’avais aucun moyen de communication (pas de carte SIM dans le premier cas et pas de réseau dans le second cas).

  • Le premier cas, j’ai pris un camion car j’étais sans aucun moyen financier (juste après avoir passé la frontière de l’Ouzbékistan) , dans l’incapacité d’acheter à boire et à manger, j’ai donc chargé mon vélo sur un camion pour faire 100 km et rejoindre la ville d’Ateyrau. Je suis restée 24h sans boire et mes urines étaient noires en arrivant. J’ai donc prise la bonne décision de penser à ma santé d’abord.
  • La deuxième fois, j’ai fait 37 km en camion (à 19h30 ) après avoir cassé le support de la  remorque ce qui m’empêchait de rouler sur cette très mauvaise route. Il était tard, j’étais au milieu de nulle part et je devais me mettre en sécurité (sachant que le lendemain, je n’aurais pas pu repartir sans avoir réparé la remorque).

Par contre, j’ai fais une maladresse, c’est de raconter la réalité de ce qui m’arrivait sur le blog, sans en avoir informé au préalable et directement l’organisation. Mais ils sont destinataires de ma newsletter donc ils savent parfaitement ce qui m’est arrivé et les raisons de mes choix. Je paye donc ma maladresse au niveau de ma communication par mon exclusion de l’aventure.

Je vous laisse juger de la proportionnalité de la sanction par rapport aux faits. Mes enfants, vous connaissez mon honnêté donc c’est la première chose importante que vous devez retenir. Je suis disqualifiée pour un problème de communication. La deuxième chose à retenir , c’est que l’on ne condamne jamais quelqu’un sans l’avoir entendue au préalable et que l’appel doit toujours être possible (ce sont des principes élémentaires de justice).

Ne vous inquiétez pas pour moi, mon moral est bon (je suis juste très déçue par cela et je tombe de haut, mais vous connaissez ma naïveté légendaire alors…).

7 réflexions sur « ÉTAPE 44 »

  1. Je suis vraiment désolée pour toi, je lis chaque jour tes « aventures » et je suis admirative de ton exploit.
    Bon courage
    Je t’embrasse
    Isabelle

  2. Corinne….l’important c’est d’aller au bout. Alors oublies si maintenue. ..c’est d’arriver qui compte. Que sont qq km camion au regard du total. La niak est de retour. VA!!!! ChrisCat.

  3. Corinne, j ai lu attentivement tes dernières étapes , et celle-là plus particulièrement.Je comprends le choc que t’a provoqué cette annonce, et je comprends également ta réaction. Bien sûr que c est difficile de se sentir en défaut quand on ne fait que chercher à survivre et trouver des solutions, comme tu sais si bien le faire, avec courage.
    Ne t inquiète pas Corinne, pour nous tu es plus que jamais dans la course, grise ou en couleur ce n’est pas le problème. Nous te suivons avec toujours autant d intérêt et admirons ton courage, ta persévérance face à toutes les difficultés.
    Pour moi tu es la première et je reste toujours aussi fière de toi.Félicitations pour le cap des 6.000kms.🚴‍♀️🏅
    Continue à faire attention à toi par cette chaleur.
    Bon courage Corinne et garde le moral!!!😉
    Je t embrasse très fort
    Odile

  4. Ma pauvre Corinne je comprends ta colère !!
    Ce n’est pas cool du tout et un manque de psychologie énorme !!
    Cela n’enleve Rien à l’admiration qu’on puisse avoir pour toi.
    Bon courage gros bisous

  5. Courageuse Corinne, naïve Corinne …
    Oui tu es honnêtes et l’honnêteté ne paie pas !!! Malheureusement.
    Il n’empêche que ta performance est réelle que personnr ne peut la nier.
    Toute ma vie j’ai lutté contre les hypocrisies et les faux semblants. Notre société en est farcie comme la dinde de Thanks Giving.
    Je t’encourage à ne plus être triste et à ne pas culpabiliser…
    L’aventure continue et nous sommes là à te suivre encore et toujours.
    Bien à toi. Clod

  6. Bonjour… Après vous avoir suivie sur le blog officiel du Sun trip et vraiment apprécié vos commentaires, tout comme ceux de Françoise, je trouve enfin les raisons de votre mise « hors course »… !!!
    L’une et l’autre vous expliquez aussi bien la grandeur de cette aventure, que ses difficultés, notamment quand il s’agit de faire face aux difficultés techniques ou celles de la route, et quand il vous faut prendre du temps pour trouver nourriture ou hébergement.

    Je ne comprends pas bien cette décision sans appel, et je n’ai pas trouvé d’explications sur le blog !!! Pourquoi ???
    Car enfin, oui, le règlement c’est de les prévenir car il est normal qu’ils sachent où se situent chaque aventurier et vous auriez pu avoir une pénalité (proportionnelle aux circonstances) pour ne pas l’avoir fait dans les temps, mais de là à être exclue, en effet, cela ne semble pas juste. Seraient-ils misogynes ??? 🙂 …

    Ce qui change surtout, c’est qu’il n’y a plus de nouvelles de vous et de la vie autour de votre aventure sur le blog officiel… 🙁 … c’est dommage ! … Par ailleurs, le vélo gris reste en course sur la carte… je vois que vous avez traversé la frontière chinoise, donc l’aventure continue quand même !?… Alors bon courage pour la suite !

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