Étape n° 34

SUNTRIP 2018, ÉTAPE 34, Une route horrible avec pluie.

Lundi 23 Juillet, à 40 km de la frontière Russe au Kazakhstan

Ce matin, grâce à Viktoria, je peux prendre un bon petit déjeuner. C’est vraiment mieux de ne pas partir le ventre vide pour une journée de vélo. Une fois le petit déjeuner avalé, nous partons récupérer Petit Prince qui m’attend sagement dans sa friche industrielle. Maintenant, le gardien est un homme. Quand je regarde autour de moi, je ne vois pas ce qu’il y a d’intéressant à voler, mais je me trompe sûrement. En tout cas, cela fait permet un petit boulot de gardiennage et c’est déjà cela. Cet homme veut absolument réparer ma béquille. Je le laisse faire mais je sais que cela ne sert à rien, car à cause du poids du vélo, la béquille tourne et ne tient plus. C’est exactement ce qui se passera à l’arrêt suivant. Il faut que je trouve un autre système mais pour le moment je n’ai pas d’idée et cette absence de béquille est très handicapante.

Je monte sur Petit Prince et nous voilà en route pour la frontière russe. Aujourd’hui, je vais donc quitter la Russie dans les temps de mon visa donc pas de problème.

Bilan de ma traversée de la RUSSIE.

J’ai eu la chance, grâce à ces nombreux accueils, de rencontrer des gens de différents milieux et différentes conditions. Je ne prétends pas tout connaître en si peu de temps, mais je crois que l’échantillon des personnes rencontrées est assez diversifié pour pouvoir avoir une première impression. Tout d’abord, ils ont été généreux avec moi quand ils m’ont accueillie. Ils savent très bien recevoir avec les moyens qui sont les leurs (il est sûr que le petit mot écrit de présentation écrit par Tanya m’a bien aidée). Beaucoup d’entre eux vivaient dans une vraie pauvreté. A la campagne, heureusement qu’ils avaient des légumes du potager et des œufs  et de viande par les poules pour manger à leur faim, car on voyait qu’ils n’avaient pas grand chose (je revois encore le camion collecteur de lait prendre les 2 seaux de lait). J’ai trouvé le monde des fermiers, dur. Ils parlent souvent avec beaucoup d’agressivité dans le ton et les disputes partent vite.

On ressent un manque d’argent très présent.

Tous m’ont dit qu’il n’y avait pas de travail et que les conditions de vie devenaient de plus en plus difficile. Hélène m’a dit que même les jeunes qui faisaient des études, après, ne trouvaient pas d’emploi. Viktoria, pour s’en sortir, a régulièrement 2 emplois.

Je comprends beaucoup mieux pourquoi Tanya a travaillé dur pour réussir les concours lui permettant de venir faire ces études en France et pourquoi elle ne veut pas revenir en Russie car il n’y a pas de travail. Un pays qui ne sait pas garder ses jeunes et, pour ceux qui restent, ne leur propose pas d’emploi, est un pays en grande difficulté sans avenir pour les jeunes générations. Hélène m’a permis d’appréhender le rôle social extrêmement important que joue l’église orthodoxe en ayant cette notion de service à la population. Mais je n’ai pas réussi à vraiment comprendre comment l’église orthodoxe se finançait. En tout cas, en les voyant fonctionner, le rôle social apparaît fondamental pour les communautés.

Et maintenant me voilà au Kazakhstan. On peut dire que les débuts sont difficiles et que je n’avais pas prévu cela. Hier Grégory, qui est le premier sur ce parcours a indiqué que, seul, les 120 premiers Km étaient difficiles.

J’ai passé la frontière vers 16h et j’avais donc devant moi 2h1/2 pour rouler tranquillement et trouver un lieu où me poser le soir. Mais j’ai eu 40km de route d’enfer, c’est à dire 40km de route qui n’a plus de goudron et qui se résume à une succession de trous et de bosses. Terrible, je n’ai jamais eu cela depuis le début du trajet, pas comme cela et surtout durant si longtemps.

J’ai chuté 3 fois dont une fois violemment.

Bilan vélo,  rétro extérieur cassé (côté gauche évidemment) et roue de remorque partie (mails elle se desserre sans casser)

Bilan Corinne, coude gauche abîmé, protection de pluie déchirée (donc pour la suite cela promet)

Pendant tout le temps où je galérais, les conducteurs de voiture et leurs passagers n’ont pas arrêté de me filmer et j’avoue que dans ces conditions là, j’apprécie très moyennement. Au bout de 30km, la pluie s’est mise à tomber drue. Ce n’était pas assez difficile, il fallait en rajouter. La pluie a provoqué  ma 3é chute. A un moment, je suis arrivée sur 200m de pseudo route recouverte de terre qui avait coulé des côtés. Je n’ai pas eu le temps de freiner que j’étais déjà par terre car pour un vélo, c’était devenu une patinoire. J’étais pleine de terre de la tête au pied. J’ai fini par arriver à 20h dans un hôtel . Devant le comptoir, je dégoulinais de flotte et de boue, en un mot, j’étais très présentable. Et là, catastrophe, ils ne prennent pas la carte bleue. C’est complètement débile car il n’y a aucune banque et aucun distributeur de billet depuis la frontière, donc il m’était totalement impossible d’arriver dans ce hôtel avec l’argent du pays. Et là s’engage un dialogue de sourd, car bien évidemment à 20h du soir, sur cette route est avec cette pluie, c’est impossible de repartir. Donc moi je ne veux pas partir et eux, ils ne veulent pas me donner de chambre. On palabre mais je ne vois pas de porte de sortie. Dans le hall qui est vaste, il y a des fauteuils et des clients assis qui écoutent cette discussion stérile.. Puis l’un d’eux se lève, explique qu’il va m’emmener demain matin à la ville voisine chercher de l’argent et qu’il faut me donner une chambre. J’ignore qui est cet homme mais il est respecté car aussitôt une chambre m’est donnée. Il me prêtera en plus de l’argent pour que je puisse aller dîner. Ouf, je suis sortie d’affaire, mais j’ai eu chaud, car sans cet homme, je ne vois pas comment je m’en serais tirée.

La chambre est triste et moche, je n’ai pas eu le droit d’avoir de serviette (c’est la première fois que cela m’arrive), mais je suis à l’abri.

Ce matin, au réveil, il pleut fort et la décision est immédiate, je ne fais pas les 80 km restant de cette route dangereuse sous la pluie, cela va mal se terminer (en même temps que je vous écris, des gouttes d’eau tombent dans la chambre !…et je n’ai pas d’électricité ni d’eau). Il va donc falloir que je trouve un camion. J’ai lu que Cathy et Didier avait fait la même chose, mettre leurs trikes dans un camion. A 2 roues, c’était déjà très difficile mais à 3 roues, cela devait être l’enfer.

Donc ce matin, je dois aller à la banque, trouver une carte SIM pour pouvoir vous envoyer les News et arriver à arrêter un camion pour qu’il charge Petit Prince pour les 80 km de route très mauvaise. Un beau programme en perspective. Si je n’ai pas d’inquiétude sur la réussite des 2 premières choses à faire, la 3ème est beaucoup plus aléatoire et tout cela sous la pluie. Quelle météo de merde …

Une réflexion sur « Étape n° 34 »

  1. Bon, allez Corinne, c’était une mauvaise étape aujourd’hui, mais pas complètement, finalement: tu as passé la frontière Russe, ce n’est pas rien d’avoir achevé cette traversée. Merci pour le bilan que tu fais, c’est effectivement intéressant de voir comment se comportent les gens vis à vis de toi, et l’accueil qu’ils te réservent, de constater les conditions dans lesquelles vivent ces familles qui t’ouvrent leurs portes et leurs bras pour te soutenir.
    Tu vas bien trouver quelqu’un qui va avoir la solution efficace pour ta béquille. Quant à la météo, cette sacré météo, on ne peut pas faire grand chose d’autre qu’espérer que ça s’arrange.
    N’oublions pas que tu as eu la bénédiction du Pope,..
    Je t’embrasse très fort Corinne, je te souhaite une bonne journée demain.
    Ah oui, j’ai oublié de te dire que Thierry a fait du vélo électrique sans assistance (car en panne), je l’ai encouragé, on est allés chercher le pain ensemble (environ 3km). C’est un début prometteur, et on a eu le vent de face au retour! Nous avons eu une pensée pour toi.

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