Étape n° 33

SUNTRIP 2018, étape 33, enfin du grand soleil

Dimanche 22 juillet, à Narimanov

Bilan vélo: 179 km

Ce matin, je ne suis pas partie comme d’habitude à 7h car Hélène m’avait dit que le réveil pour eux étaient  à 7h30 et il était hors de question de partir de ce lieu magique, sans lui dire au revoir.

J’ai donc, pour une fois, pris un solide petit déjeuner. Hélène m’a fait rire en m’amenant une assiette avec 5 œufs au plat. Je lui ai gentiment expliqué que si je mangeais cela, j’aurais une crise de foie. Puis, j’ai demandé l’histoire de cette église datant de 1899 car j’avais été frappée par le fait que j’avais vu des personnes qui rentraient à l’église (qui ne ferme jamais) à partir de 5h du matin. C’est un lieu de pèlerinage car un miracle a eu lieu il y a 9 ans, miracle qui a duré 2 ans et que les scientifiques n’ont pas su expliquer. Une icône représentant la Vierge Marie a pleuré des larmes d’huile. J’ai demandé si je pouvais visiter l’église et on m’a prêté des vétêments. Jolie hein !…

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Comme c’est dimanche, de nombreux fidèles sont présents. Je suis frappée par l’immense respect qu’ils montrent au Pope qui prend le temps de discuter avec chacun d’entre eux. Le Pope me bénira dans le cadre de ce voyage en vélo. Je n’ose pas m’incruster davantage et c’est l’heure de partir.

Je suis très handicapée par ma béquille de vélo qui tourne. Le pas de vis doit être abîmé. Hélène demande à un fidèle de me resserrer ma béquille mais à l’arrêt suivant, elle tournera à nouveau. Il va falloir que je l’enlève en attendant de trouver une nouvelle vis car elle risque de se prendre dans une roue et de casser des rayons.

C’est l’heure de partir et je dois quitter Hélène et sa belle famille « d’adoption ». C’est la plus belle halte que j’ai fait depuis le début de ce voyage.

Merci à vous Hélène et à votre mari pour ce très chaleureux accueil.Cela restera un merveilleux souvenir de ce Suntrip.

Il est 9h30 quand je pars et le soleil tape déjà fort. Je suis vraiment passée d’un temps exécrable à un très beau temps. Il fera 35°C quasiment toute la journée. Je suis très méfiante de ces premières chaleurs fortes. Alors, j’ai adopté, à nouveau, ce que j’avais fait au Canada pendant les 3 jours à 42°C, c’est à dire arrêt toutes les 2h pour boire + tête mouillée intégralement (avec mes cheveux mouillés plus casque, j’ai l’air d’un hérisson) + tee shirt mouillée totalement sur le devant. Avec cela, la chaleur reste supportable et je peux pédaler.

A midi, je me mets dans un abri bus (seule chose à l’ombre dans cet environnement désertique), je m’allonge sur le banc et je somnole pendant 1h. Pendant ce temps, les batteries seront quasiment rechargées et ne sont donc plus un élément m’empêchant de faire des km.

Un auto stoppeur russe, étudiant, vient discuter avec moi et fera un mini reportage vidéo sur moi. Cela m’amuse car il m’explique très sérieusement qu’il fait cela pour sa petite amie.

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Je roule bien, puisque je ferais 179 km dans la journée, en étant partie beaucoup plus tard que d’habitude.

Pour la première fois, j’ai eu beaucoup de coups de klaxon bienveillants, de gens me doublant puis s’arrêtant pour me prendre en photos ou me filmer. D’autres conducteurs font quelque chose qui me fait toujours un peu peur: ils roulent à ma hauteur pendant que le passager filme. J’ai toujours peur d’être accrochée dans ces conditions là. Je ne sais pas pourquoi, tout d’un coup, il y a tant d’intérêt pour mon vélo.

Arrivée vers 19h dans la ville de Narimanov, il me faut trouver un logement. Malheureusement, c’est une ville dortoir avec de grands immeubles très délabrés, donc je n’échapperais pas à l’hôtel ou au motel. Je m’arrête dans la chaîne de stations services que j’apprécie car elles ont des boutiques et je demande à la jeune fille au guichet de m’indiquer un hôtel. Comme très souvent dans ce cas là, elles ont la gentillesse d’appeler l’hôtel pour s’assurer d’une place libre et donc réserver une chambre. Elle appelle les 2 hôtels du coin et …ils sont complets. Je me retrouve dans une situation que je n’ai pas encore vécue. Je ne sais pas trop quoi faire. Et la jeune fille, voyant mon désarroi me propose de m’héberger. Je n’en reviens pas et j’accepte bien sûr. Son service finit dans un quart d’heure donc j’attends tranquillement. Je lui ai précisé que j’ai un vélo et qu’il ne peut pas coucher tout seul sans protection. Elle me répond que ce n’est pas un problème. J’en conclus, à tort, qu’elle habite une maison. Son service fini, elle enfourche une moto et me demande de la suivre, ce que je fait. On arrive dans une friche industriel et elle frappe dans une enceinte fermée. Elle m’explique que de temps en temps, comme 2é job, elle fait du gardiennage ici. Une femme ouvre et Petit Prince se retrouve tout seul dans un hangar. Ce lieu est d’une tristesse incroyable. Je laisse donc Petit Prince seul (bien handicapé par son absence de béquille) et je suis cette jeune femme jusqu’à chez elle. On arrive dans un groupe d’immeubles dont l’extérieur est très abîmé. Quel triste lieu de vie.

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Je suis mon hôtesse. L’escalier de l’immeuble est en béton brut, le couloir avec les briques et les joints apparents. On dirait un immeuble en construction non fini. Mais c’est un lieu de vie. Pas une porte d’appartement n’est pareille à l’autre. On arrive dans son studio. Très peu de meubles, un lit et un bureau servant de table à déjeuner, le papier peint est affreux et se décolle de partout. C’est en voyant cela qu’on se rend compte de notre niveau de vie en France. Elle me laisse prendre une douche pendant qu’elle va faire les courses pour le dîner. La salle de bain a une baignoire douche et un WC mais pas de lavabo. C’est l’évier qui sert de lavabo.

Je prends une bonne douche bien froide, quel plaisir. Mon hôtesse revient avec plein de provisions et me fait un très bon dîner très copieux. Je ne sais pas si je peux proposer de dédommager financièrement. J’ai peur de la vexer car elle a été si généreuse avec moi. En final, je n’ai pas osé, peut-être que j’ai eu tort ?

Je dormirais dans le lit et elle par terre. J’insiste pour que cela soit l’inverse, mais visiblement, il n’en est pas question. Là encore, quelle générosité.

Au matin, pendant que je vous écris, son réveil sonnera à plusieurs reprises mais elle l’éteint systématiquement et cela pendant 1h1/2. Je n’ose pas bouger et comme taper un texte ne fait pas de bruit, je continue. Là je pense que je vais avoir un petit déjeuner avant de partir.

J’ai demandé à mon fils Edouard de me calculer mon parcours depuis le départ.

J’ai roulé 4308 Km en 32 étapes, soit une moyenne de 135 km/jour.

Bonne journée à tous.

Un petit bonjour spécifique à Heidi qui continue à me suivre avec fidélité. Cela me fait très plaisir et son souvenir est très vivace dans mon esprit.

6 réflexions sur « Étape n° 33 »

  1. J aime bien te lire quand tu es en forme et contente des rencontres positives que tu fais. Mine de rien, tu avances, ma belle. Même le temps est avec toi! Continues comme celà . Bisous

  2. Bonsoir Corinne, merci beaucoup pour les photos que tu joins à ton texte: tu es très jolie en Madone, mais très bien aussi, souriante devant Petit Prince. C’est sympa de te voir et de te sentir en forme.
    Merci au passage pour le travail d’Edouard et de Tanya, et de toute la famille, car je crois que sans eux, on ne pourrait pas avoir la chance de lire tout ce que tu nous racontes si bien. Cette lecture quotidienne m’est très précieuse, c’est mon petit plaisir chaque soir.
    C’est une chance que tu aies rencontré cette famille atypique qui t’a accueillie, mais c’est vrai que c’est toi qui provoque ces situations, car qui d’autre que toi aurait eu l’idée d’aller frapper à l’Eglise?…
    Tu peux donc maintenant continuer ta route sereine, après avoir reçu la bénédiction du Pope!
    Repose-toi bien, et bonne étape demain
    Je t’embrasse très fort

  3. Allo Corinne! Quel est ton plan de match finalement? Vas tu prendre un train pour rallier Canton ? Bonne continuité et sois prudente ! Merci de nous raconter !

  4. Dis donc tu sembles avoir déjà pas mal minci! C’est un premier objectif atteint.
    Encore beaucoup de belles rencontres. À ta question faut il dedommager financièrement la personne qui t’accueille et qui n’a visiblement que très peu de moyens, c’est une question qui me taraude aussi et qui me freine pour demander l’hospitalité comme tu le fais. J’avoue que je ne saurais pas decider si c’est vexatoire ou bienvenu. J’aimerais avoir l’avis de personnes qui ont ce genre d’expérience. Je me souviens avoir heurté un hôte warmshower turc en refusant de la nourriture offerte avec plaisir.. mais ce n’était pas quelqu’un dans la nécessité.

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