Étape n° 32

SUNTRIP 2018, Étape 32: Enfin une belle journée !…

Samedi 21 juillet 2018 à Nikolskoye

Bilan vélo : 166 km

Tout d’abord, je vais commencer par 2 photos qui ont été récupérées par Anick Marie à partir de Facebook. Hier pendant la traversée de Volgograd, j’ai été prise en photos sans que je m’en aperçoive, puis cette personne a posté ces photos sur Facebook en précisant qui j’étais. Ce qui veut dire qu’elle a repéré que je fais le Suntrip, qu’elle a regardé la carte satellite pour savoir qui était à Volgograd à ce moment là. Je trouve cela incroyable.

Hier matin, je suis donc partie de mon hôtel situé au milieux d’immeubles, hôtel recommandé par les policiers. Encore une fois je suis à jeun car le service petit déjeuner ne commence pas tôt (alors que les motels routiers, c’est 24h sur 24). Je n’aurais que ma barre Mars acheté la veille. Je suis embêtée car je n’ai plus de béquille fonctionnelle. Elle n’est pas cassée mais elle tourne sous le poids du vélo + remorque et l’ensemble tombe. Cela veut dire que pour arrêter mon vélo, il faut que je couche. Ce qui est idiot, c’est que j’ai bien la bonne clé Allen pour la refiler mais elle est trop grosse (car elle a un manche) et ne passe pas dans l’espace disponible pour serrer. C’est le genre de détail idiot dont vous vous apercevez, une fois que vous êtes partie. Il va falloir que je trouve un garage pour me faire cela (et malheureusement, je n’en trouverais pas aujourd’hui).

Le ciel est gris et menaçant. Encore une journée de pluie en perspective ?

Et bien non !…Vers 9h le soleil sort des nuages, puis les nuages disparaissent. Il va faire beau. Quelle joie. Et là, je roule bien. Il y a peu de voitures et camions, la route est plate, on peut rouler. Pour la première fois depuis le départ, je peux rouler à 30 km/h mais je fais très attention à ce que la remorque, à cette vitesse, ne se déséquilibre pas car sinon c’est la chute assurée. Le paysage est très désertique. Il n’y a pratiquement pas d’arbre et la terre doit être très mauvaise, car pour une fois, il n’y a aucune culture. Et comme toujours dans ces cas là, les seuls animaux d’élevage que l’on voit sont des moutons.

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De temps en temps, un petit village et ici avec un cimetière très coloré

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Je fais 60 km d’affilée à un bon rythme et c’est agréable. Par contre, il se met à faire très chaud et je bois beaucoup. Il faut que je rachète des bouteilles d’eau. Je m’arrête dans l’épicerie du village et je prends 2 bouteilles d’eau. La commerçante compte avec un boulier, c’est amusant, car comme je n’ai pas compris le prix, elle me sort une machine à calculer et frappe le prix en me le montrant. Mais visiblement, c’est encore le boulier qui sert

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Je m’aperçois à ce moment que l’heure a changé. J’ai maintenant 2 h de décalage avec la France. J’ai donc commencé ma journée à 8h au lieu de 7h sans le savoir.

Je reprends le pédalage et il commence à faire très chaud. Curieux ce temps après des jours de pluie. Vers midi, j’ai un coup de barre à cause de cette chaleur soudaine. Je m’arrête à la seule ombre disponible sur cette route : un abris bus. Je déploie les panneaux solaires et là c’est miraculeux, cela recharge très bien. Le solaire a vraiment un sens à ce moment là. Je m’allonge sur le banc de l’arrêt bus et je me réveillerais 3/4h après et les batteries sont pratiquement pleines. Cela change vraiment tout.

Je suis en pleine forme (j’ai juste un peu faim). Et je repars. Dommage que le paysage soit aussi peu diversifié. Et les herbes sont grillés. Avant cet épisode de pluie, il a dû faire drôlement sec pour que l’herbe ne reparte pas plus. Vers 3h, je crève de faim. Je trouve un routier pour manger et je m’arrête. C’est le même menu pour tout le monde: entrée avec petits concombres et tomates (visiblement un grand classique…) et un ragoût de mouton (là c’est la première fois). Cela doit être la viande la plus utilisée dans le coin. J’ai vu quelques vaches mais très peu par rapport aux moutons.

Puis je repars le ventre plein. En voyage vélo, je m’efforce d’avoir toujours au moins un repas complet quitte à grignoter pour le reste de la journée, si je n’arrive pas à trouver à manger 2 fois dans la journée.

La route est toujours aussi plate et je continue à bien avancer. Pendant l’arrêt restaurant, les batteries se sont encore rechargées donc je n’ai plus l’obsession des batteries vides le soir. Cela change tout. Mais l’heure avance et il va falloir me poser pour la nuit. Maintenant que je traverse des villages, il n’est pas question de coucher dans un motel, il faut que je redorme dans une famille. Arrivé à 160 km, je décide au prochain village de sortir de la route et de me mettre en chasse.

Un petit village apparaît. Comme très souvent, il est dominé par une belle église orthodoxe.

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Je commence à rouler doucement et à observer mais rien ne m’inspire. Et puis je remarque que je suis attirée par cette église et soudain, je me dis, pourquoi ne pas tenter quelque chose par rapport à l’église ? Je m’en approche donc et pose mon vélo contre le mur d’enceinte. La grille est ouverte. Il y a un jardin magnifique (beaucoup de russes ont visiblement la main verte). Je commence à flâner et je tombe sur une femme habillée d’une forme de chasuble et je m’adresse à elle. J’ai préparé sur mon iPhone le texte de Tanya et je lui montre. Et à ma grande stupéfaction, elle me dit « bonjour ». Je n’en reviens pas. Elle m’explique qu’elle a appris le français à l’université et elle le parle bien. La réponse sur l’accueil est immédiatement « oui ». Je suis tombée sur la femme du Pope.

Pour le logement, comme 9 fois sur 10, pas de tente mais un petit pavillon avec une treille magnifique sous laquelle j’installerai Petit Prince (adossé au support de la treille faute de béquille).

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Et cette femme m’accueille de façon adorable. Elle me dit qu’elle va mettre l’eau à chauffer pour la douche et qu’elle va préparer le repas. Leur maison est très sympa et j’apprendrais que c’est le Pope qui l’a construit. Ils savent vraiment tout faire.

Je discuterais avec cette femme, qui me dit de l’appeler Hélène, sur leur vie. Et je suis frappée par la notion de service à la communauté. Leur principale activité est de venir en aide à la communauté. Elle m’explique qu’il y a très peu de travail et beaucoup d’alcoolisme dans leur coin. Autour de nous, il y a 4 jeunes filles, une de 15 ans, habillée en noir et qui sourit très peu et 3 petites filles de 7 à 12 ans pleine de vie et qui jouent. Ce ne sont pas leurs enfants mais des enfants qu’ils ont recueillis. Elles ont encore leurs parents mais elles ne les voient plus. On sent derrière tout cela des histoires lourdes, très lourdes. Ils gardent les enfants pendant des années, jusqu’à ce qu’ils puissent voler de leurs propres ailes. Ils en ont eu jusqu’à 14 à la fois.

Ces petites filles sont très gaies. Elle m’explique que ce n’était pas du tout le cas à leur arrivée mais que maintenant cela va bien. Mon dieu, qu’ont-elles subies ?

Puis l’heure du repas arrive. Les tables sont installées en T et le Pope préside avec Hélène que je ne verrais jamais assise pendant le repas. À la table, viennent s’ajouter 2 femmes, une nonne et une femme qui est leur adjointe et qui fait les comptes.

Après la repas, je m’installe sur un banc et Hélène m’invite à venir voir leurs arbres fruitiers. Ils en ont beaucoup et ils sont couverts de fruits, pour le moment, prunes, mirabelles et pommes. Derrière le verger, il y a une petite église en construction. Cela m’étonne puisqu’il y a une belle église à côté. Elle m’explique que le problème est l’hiver. Ils n’arrivent pas à chauffer la grande église, alors ils en construisent une petite à côté et qui est chauffée. Cela fait 2 ans qu’elle est en construction et elle avance au rythme des dons. Elle me dit que pour le moment la construction est à l’arrêt faute d’argent. En rentrant, on passe par un terrain de jeux aménagé. Il y a portique, balançoire tout un tas de jeux plein air. Je suis impressionnée par leur amour des enfants (eux n’en ont pas à eux, je veux dire qu’ils n’ont pas d’enfants biologiques) mais quand on voit comme ces petites filles les aiment, ils ont réellement beaucoup d’enfants.

Cette halte est magnifique pour moi et tombe à pic. J’avais besoin d’un lieu comme cela pour me ressourcer. Merci Hélène à vous et votre famille pour cet accueil si chaleureux et je vous redis toute mon admiration pour ce que vous faites.

8 réflexions sur « Étape n° 32 »

  1. De bonnes nouvelles que tu nous donnes, Corinne. J’en suis ravie. Se trouver avec de belles personnes, qui plus est, aidantes et à l’ecoute , voilà de quoi faire remonter ton moral et te donner la pêche ! Gardes donc l’option église et pope.
    Bon courage à toi et que le soleil soit efficace pour recharger tes panneaux solaires. Gros bisous

  2. Danke Corinne für die schönen und aufschlussreichen Berichte jeden Tag. Es ist immer so gut geschrieben. Ich wünsche dir von Herzen, dass du jeden Tag liebe Menschen findest, wo du über Nacht bleiben kannst. Alles Gute!

  3. Bonsoir Corinne,
    Bon, je vois que c’est reparti ! Tu n’est plus très loin de la frontière et tu seras donc dans les temps pour le visa.Je te souhaite plein de journées comme celle-ci !

  4. Bravo Corinne pour ton courage enfin récompensé par cette journée ensoleillée à tous points de vue.
    Tu ne dois ces belles rencontres qu’à ton courage et ta ténacité.
    Que le « sun »trip puisse vraiment démarrer !
    Bises

  5. Ignorant jusqu’à ce jour ce qu’est le Suntrip, je viens d’aller sur internet voir de quoi il s’agit. Bravo pour l’aventure, mais je vois qu’il est question de traverser le désert du Taklamakan que les différents itinéraires de la Route de la Soie ont toujours évité !
    Je n’ai pas trouvé Corinne dans la liste des participants, ai-je mal cherché ?
    De toutes façons, c’est une belle aventure .

  6. Salut Corinne,
    Tout d’abord félicitations pour avoir passé le cap des 4.000kms!
    Je t’écris ce petit mot depuis St Palais, où je suis depuis 2 jours.
    Ma première tâche est de t’envoyer le soleil que nous avons ici, pour que tu puisses recharger toutes tes batteries (les tiennes et celles de Petit Prince)
    Merci pour tes derniers récits, et surtout l’hébergement chez le Pope, ça tu ne l’avais encore jamais fait! j’attends donc la suite avec impatience…
    Allez Corinne je crois que tu es maintenant bien repartie, la météo et le moral vont revenir au beau fixe.
    Je t’embrasse très fort,

    Petit message à tous les followers, fans, admirateurs, groopies, famille et amis de Corinne:
    Pour ceux qui n’y sont pas encore allés (comme moi), un petit tour sur le site des Petits Princes ferait certainement du bien à Corinne et aux enfants qui ont besoin de rêver.
    J’y vais de ce pas, bonne journée à tous

    Odile

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