Étape n ° 29

SUNTRIP 2018, ÉTAPE 29, suite et fin de mes réflexions

Mercredi 18 juillet, Rogozhin

Bilan vélo : 154 km, moyenne 20,8 km/h, vit Max 37,6 km/h, régénération 0,3%, 1339 Wh soit 8,6 Wh/km, 28,37 Ah

Panneaux voltaïques : 291 Wh

Hier, j’ai oublié de vous dire où je m’étais arrêtée, dans un motel routier un peu moins sordide que le précédent, où on m’a obligée à payer en liquide et pour 2 personnes (parce qu’il y avait 2 lits jumeaux dans la chambre). J’ai dû batailler sec pour obtenir cela car le problème était « Petit Prince ». comme il n’avait pas de garage, il avait peur qu’il se fasse voler (un russe qui se méfie des autres russes…). Vous pensez bien que je vois le risque du vol. Finalement un employé d’un garage de camions a accepté de le garer dedans, le garage fermant de 7h du soir à 7h du matin.

A côté, il y avait un restaurant, donc j’ai pu dîner.

Ce matin, je suis repartie (à jeun comme malheureusement trop souvent) sous une pluie battante et avec un vent de face ou latérale venant de la droite. La perspective de la journée est vraiment agréable !… Le ciel est noir et la pluie succède à la pluie. Cela durera 108 km comme cela. C’est complètement désespérant de rouler dans ces conditions là. Et dire que cela s’appelle Suntrip.

A lutter contre le vent, j’ai pratiquement vidé mes batteries en 100km (je trouve quand même que je peux faire de moins en moins de km avec « un plein », ce qui est quand même curieux pour des batteries qui sont neuves). A un moment, je vois une petite ville sur la gauche, je m’y engage car il faut que je recharge mes batteries. Je repère un magasin bricolage, jardinerie et je m’arrête. Je demande la permission de recharger qui m‘est accordée et me voilà, 2 heures assises à côté de mon vélo, attente toujours passionnante dans ces conditions là.

Ma seule distraction est l’iPhone quand j’ai du réseau et malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Et la discussion sur le retour du vélo reprend et mon moral en reprend un coup.

En effet, la seule solution que je vois pour sauver Petit Prince est, à un moment donné, en fonction du retard sur 100 jours, de le mettre dans un camion. Angélique (organisation) me répond que cela est peut-être possible en Chine (mais à quel coût ?) et que le risque c’est la disqualification. C’est le seul moment de la journée où j’ai éclaté de rire.

Je pourrais être disqualifiée si je fais de la route en camion pour sauver Petit Prince, mais soyons sérieux, qui sera disqualifié ?

  • Corinne qui essaie de tout faire pour ramener son matériel, ou
  • L’organisation Suntrip qui n’a pas de plan B pour les retardateurs des 100 jours

Tout cela n’a vraiment aucun sens pour moi. Je me suis mise toute seule dans une galère en l’ignorant. A aucun moment du week end de préparation SUNTRIP, il nous a été dit que si nous ne faisions pas le parcours en 100 jours, notre matériel était perdu. JAMAIS dans ces conditions là, je me serais inscrite au SUNTRIP. Et il est sûr que cela va refroidir un certain nombre de futurs candidats. Pour que vous ayez une idée de la perte potentielle, parlons chiffres : dans mon cas la perte sera:

  • vélo AZUB 6 très bien équipée : 5500€
  • Panneaux solaires plus support: 3000€
  • remorque CTZ: 1100€

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Et qu’on ne vienne pas me dire que tout cela ne vaudra plus rien après 13000Km. Tout ce que j’ai, est d’excellente qualité et cela ne perd pas de la valeur comme cela. Petit Prince I, qui a traversé le Canada et qui a 15000 km au compteur est en excellent état.

Le dernier Suntrip était une boucle, donc le problème du retour des vélos ne se posait pas. Mais en changeant de dimension, en allant en Chine, le problème se pose dorénavant du retour des vélos.

J’était totalement en confiance, je me suis trompée, j’ai l’impression de trahison. Et maintenant, je suis complètement coincée. Je ne peux plus faire demi-tour (car il est évident que si je pouvais, j’abandonnerais le Suntrip pour ramener mon matériel en France). Je suis condamnée à avancer, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que le cœur n’y est pas. Comment continuer à trouver de l’intérêt dans ce que je fais, alors que je trouve que cela n’a plus de sens ? A ce stade, je ne sais pas. Les belles rencontres ne suffisent pas car le prix à payer est trop cher.

Maintenant, je ne vais pas continuer à discuter de cela car c’est mon problème et non le vôtre, mais pour moi, il était important que vous connaissiez mon état d’esprit du moment.

Pour finir, pour le soir, pour la première fois, je me suis plantée et je n’ai rien trouvé. Cette route n’a aucune, mais vraiment aucune maison le long du trajet. Donc la seule façon de trouver un logement pour la nuit, c’est de sortir et de trouver un hébergement dans un village proche quand il y en a. A part le motel où j’ai dormi, je n’en ai pas vu d’autres sur la route. J’avais donc repéré sur l’application que j’utilise pour mon trajet, une ville où m’arrêter. Mais mes batteries en ont décidé autrement. 22 km avant la ville, je n’avais plus rien, mes batteries étaient vides. Le seul recours a été une station service. Elle a accepté que je mette en charge Petit Prince pour le lendemain (car vous doutez bien qu’avec de la pluie toute la journée, il faut oublier la recharge solaire, mais par contre, vous, vous n’oubliez pas le poids que représente le solaire sur le vélo…)

Et c’est ainsi que j’ai planté ma tente en bordure d’une station service, ce qui est une totale hérésie pour moi, mais dans le contexte, cela en rajoute. Pour ma sécurité, j’oublie, je ne peux rien faire d’autre, alors ce n’est pas la peine d’en rajouter. Le bruit est absolument infernal. Aussi je ne dormirais que 2h. Quand au repas, il n’y en a pas car c’est une toute petite station service qui n’a pratiquement pas de nourriture. J’achèterais un paquet de chips et ce sera mon seul repas de la journée, vraiment pas très folichon.

Voilà une journée qui s’achève, j’en ai vraiment connu des meilleures et pour demain, il faut que j’arrive à évacuer ce problème de retour de matériel que je ne digère pas et qui me pourrit la vie.

7 réflexions sur « Étape n ° 29 »

  1. Courage Maman je suis sur que tu vas y arriver. Essai de penser à autre chose car cela te mine le moral. Le soleil va revenir et ton moral aussi. Tu es une battante tu vas y arriver et si ce n’est pas en 100 jours on trouvera bien une solution! <3

  2. Bonjour Corinne.
    Tout d abord je veux te dire que tes états d’âme et tous les soucis que tu rencontres nous intéressent bien sûr: on ne te suit pas que pour le fun, mais aussi pour connaître tout ce que tu vis dans cette aventure, les bons et les mauvais moments.Nous avons bien conscience de ta solitude et c est important que tu partages avec nous.Peut-être certains peuvent t aider dans tes réflexions, d autres peuvent te suggérer des solutions ou plans B, comme je l ai lu avec Marie-Sophie je crois, et enfin certains peuvent juste t assuter de leur soutien et de leur confiance en toi, c est mon cas.
    Je pense que tu partages également avec tes compagnons d infortunes, ceux qui ont été ciblés comme toi potentiellement hors des 100 jours imposés.
    Je ne perds pas espoir car je sais que tu as de la ressource.
    Je vais essayer de t envoyer un peu de soleil, au moins pour que tu en aies dans le coeur.☀️🌝🌞
    Je t embrasse très fort.
    Merci de nous tenir au courant de tes avancées, dans tes réflexions et sur ton vélo.

  3. Hello Corinne. Ton dernier post nous attriste. Tu ne peux évidemment pas laisser ton matériel, velo et panneaux sur place. Tu n es sans doute pas la seule concernée. Si les choses n’ont pas été bien formalisées dans un règlement, vous avez peut être possibilité de faire un recours pour obtenir le droit de vous rapatrier ainsi que le matériel .
    Tiens bon et prends soin de toi . Bisous

  4. Bjr Corinne encore un essai de contact avec toi…tous les autres ayant été rejetés. Aussi avant de nous lancer ds des commentaires celui ci est un test. En tout cas nous te soutenons fortement par la pensée .ChrisCat.

  5. Corinne,

    Non seulement tes états d’âme nous intéressent mais je suis entièrement d’accord avec toi.

    Je reconnais et retrouve la Corinne des temps passés, celle qui dit ce qu’elle pense et parfois dit très fort ce que les autres pensent tout bas (ou pas).

    Je n’ai malheureusement pas de plan B à te suggérer et je suis désolée que tu risques de tout perdre, le coût de ta participation et ton matériel.

    Tu me touches, je suis de tout cœur avec toi… Ne l’oublie pas si cela peux t’aider à pédaler.

    N’oublie pas non plus que ta sécurité et ta santé, priment les soucis matériels.

    Prends les bonnes décisions.
    Courage.
    Clod

  6. Rien ne va bien pour toi et je comprends ton amertume. Mais tu fais un mauvais procès à l’organisation. Les choses étaient annoncées clairement et même moi qui ne suis pas à l’intérieur je l’avais compris. Et tenir les 100 jours est un challenge très difficile. C’est pour cela que je n’ai même pas envisagé de m’y inscrire et que Paul Bermejo s’est retiré.
    Florian s’inquiète pour toi et te préviens des conséquences. C’était clairement annoncé aussi, que ceux qui ne passeraient pas la frontière chinoise dans un certain délai devraient plutôt faire demi-tour.
    Dire qu’Eric est assisté alors qu’il a du se démerder pour trouver un camion et rejoindre une vile où il pourrait trouver du secours c’est gonflé et à mettre sur le compte de ton énervement.
    Mais qu’est-ce qui t’empêche après 100 jours de mettre ton vélo dans un train comme le fera l’organisation pour ceux qui arrivent avant?
    ou oui, de prendre un camion pour te sortir de là…
    Je te souhaite rapidement de meilleures conditions de route qui te permettront de retrouver le moral et ta bonne humeur énergique.

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