Étape n° 28

SUNTRIP 2018, ÉTAPE 28 – QUELQUES RÉFLEXIONS

Mardi 17 juillet, 22 km après la bifurcation vers Volgograd

Bilan vélo : 97 km

Une journée de pluie, entièrement de pluie, du matin au soir

Que raconter d’une journée affreuse, pas grand chose.

On a beau être très bien équipé en vêtement de pluie, l’eau finit toujours par pénétrer. Dans mon cas, c’est par le col et la capuche. L’imperméable de pluie est formidable. Il a une capuche que je mets sous mon casque et je mets la jugulaire du casque sur le col pour bien le fermer. Mais pour ma sécurité, il faut aussi que je puisse tourner la tête donc je suis obligée de laisser un peu de mou à la capuche. Et c’est par là que l’eau finit par rentrer.

Le problème c’est que, même quand il ne fait pas froid, si vous avez un tee shirt mouillé sur vous, vous finissez par avoir froid. Et là c’est le cas. Au bout de 3h de tee shirt mouillé, j’ai froid. Et il est difficile d’en changer, car les mêmes causes provoquant les mêmes effets, votre nouveau tee shirt sec deviendra vite mouillé comme l’autre.

Je décide de faire une pause dans la journée dans une station service, seul endroit où je peux espérer trouver un peu de chaleur sur la route. Et là, Florian (l’organisateur SUNTRIP) me demande de mes nouvelles au niveau technique, moral et physique.

Mes réponses sont simples:

  • Je suis sous un déluge et j’ai du mal à faire des km dans ces conditions là
  • Technique: je ne rencontre pas de problème particulier pour le moment (je touche du bois)
  • Moral: et bien rouler dans ces conditions de météo, il n’y a aucun plaisir mais c’est pareil pour tout le monde (enfin ceux qui sont sous la pluie)
  • Délai visa russe (il finit le 30 juillet) : pour le moment je suis encore dans les cordes puisque qu’il me reste 13 jours de pédalage et 900 km à faire, soit 70 km par jour.
  • Délai 100 jours, impossible d’y penser quand tu vois une météo comme cela qui t’empêche d’avancer. Mais faire demi-jour n’aurait aucun sens pour moi. Je ne sais pas quand j’arriverais à Canton et si j’y arriverais mais je suis en route pour y arriver.

Florian me répond que je suis à priori hors délai des 100 jours et il me conseille de ne pas y aller (au Kazakhstan), mais que si je continue, c’est en connaissance de cause. Au Kazakhstan, je pourrais faire de belle distance mais si j’ai des problèmes là bas, plus de demi tour possible, ça sera l’abandon sur place avec probable perte du vélo, que si je ne rattrape pas vraiment mon retard d’ici Canton, probablement que je serais hors limite pour le train qui ramène les vélos (du coup, je devrais payer moi-même le retour, coût, procédure douanière, stockage,…)

Que vous dire, sinon que ce genre de discussion est excellent pour le moral quand vous êtes en galère. Florian est clair et pose les choses sur la table.

Mais quand je repars, évidemment je ne pense plus qu’à cela et j’ai des états d’âme en réfléchissant à ce que vient de m’être dit. Le délai de 100 jours pour ramener les vélos a été fixe par l’organisation et nous le connaissions tous au départ. 13000 km en 100 jours, cela fait 130 km par jour au minimum mais cela implique que vous n’avez aucun problème de matériel, que vous n’êtes jamais malade et que le temps vous permette de rouler ce minimum de 130 km par jour.

Pour les jeunes et les champions, cela n’est pas un problème pour eux puisqu’ils caracolent avec 250 km par jour minimum, mais pour les autres ? Nous sommes à la merci du moindre problème.

Quand Eric après avoir fait 427 km dans une journée (record absolu) casse son moteur, puis s’effondre d’épuisement, son sponsor va lui envoyer immédiatement un nouveau moteur, il n’a rien à s’occuper, que à attendre à Almaty en se remettant en forme.

Quand Hans casse son moteur, il doit se débrouiller tout seul et galère en perdant du temps pour avoir du matériel.

Donc d’un côté, il y a ceux qui ont une équipe derrière et de l’autre il y a ceux qui n’ont que l’art de la demerde pour s’en sortir. Il n’y a pas égalité des chances.

Il y a ceux qui vont avoir les conditions météorologiques leur permettant de bien rouler et puis les autres, ceux qui ont des conditions météorologiques épouvantables et qui malgré toute leur bonne volonté n’y arrivent pas. (Pendant que je vous écris, il tombe des trombes d’eau, comment faire 150 km dans la journée, c’est impossible).

C’est une donnée de base au départ et l’organisation le sait. En acceptant une telle diversité, jeunes et moins jeunes, concurrent sponsorisé ou non, il est évident que sur un trajet pareil, il y aura des grandes différences.

Pour réussir un projet À, en stratégie, il est nécessaire d’avoir un excellent plan B. Or là, je ne vois pas de plan B.

  • soit tout va bien pour vous, vous pouvez vous faire aider en cas de problème, la météo est avec vous, vous n’êtes pas malade et vous ferez le trajet dans les 100 jours et on vous ramènera votre vélo
  • Et puis, il y a les autres. Combien seront-ils à l’arrivée ? Pour le moment, nous ne sommes que 4 à être avertis (c’est à dire, à qui on a annoncé qu’ils sont en retard sur les 100 jours et que l’on ne prendra pas en charge le retour de leur vélo).

Et pas de plan B annoncé, rien pour nous dans ce cas là.

Alors oui, j’ai des états d’âme par rapport à cela. Je ne suis pas responsable de la météo qui m’empêche d’avancer et l’absence de plan B me pose un problème moral.

Sans plan B (et je ne parle que des 100 jours), pour moi, le suntrip ne pourra pas être un succès car il aura laissé au bord de la route des concurrents et cela c’est incompatible avec mes valeurs.

OK RAF aura relié Canton en un nombre record de jours, ÉRIC fait 427 km dans une journée, est ce que le Suntrip va se résumer à des choses comme cela ? Si oui, il faut faire une sélection drastique des concurrents au départ et commander du beau temps pour que le mot Suntrip soit voyage avec soleil soit une réalité.

Voilà, comme d’habitude, je vous ai fait part de ce que je pense.

Et maintenant je vais repartir sous ces trompes d’eau en essayant de faire un peu de km, en me disant que je ne suis pas prête dans ces conditions là de rattraper mon retard, quel le budget Suntrip qui était déjà de 15 000 euros va encore en prendre un sacré coup avec le retour de ce vélo non pris en charge.

Si j’écris cela, c’est aussi pour que ceux qui rêvent de faire un prochain Suntrip aient bien conscience de tous ces éléments avant de prendre leur décision de participer. Si vous n’êtes pas capable de faire entre 200 et 250 km par jour, ce qui vous permettrait de faire face à différents aléas (météo, casse matériel, malade, etc…), de mon point de vue à moi, et cela n’engage que moi, il faut savoir que vous aurez de grande chance d’être hors délai et donc de ne pas avoir votre vélo rapatrié par l’organisation. Maintenant j’ignore totalement le coup de ce rapatriement mais j’imagine facilement qu’il va être énorme (dépassera t-il le coût du matériel ?). Devrais-je laisser tout mon matériel en Chine faute d’avoir les moyens suffisant pour le ramener ? Vous pensez bien que toutes ces réflexions ne sont pas bonnes pour le moral. Mais est ce que cela a de l’importance ?

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5 réflexions sur « Étape n° 28 »

  1. Corinne, tes réflexions sont pertinentes et le touchent particulièrement. Notre monde de compétiteurs est une impasse. D’un côté les champions et de l’autre ceux qui paient le prix des champions mais qui restent sur le bord de la route… C’est triste, le ciel le pense aussi, c’est peut être pour ça qu’il déverse des trombes d’eau, il pleure…

  2. En résumé, je m’inquiète pour toi et je t’invite à la prudence si l’organisation ne te suit plus dans les nouveaux pays que tu traverseras… Ce ne sera pas l’Amérique du Nord, il ne faudrait pas que tu prennes des risques inutiles. Bien a toi. Claude

  3. Hallo Corinne, mit Interesse lese ich jeden Tag deinen Bericht. Bitte geh kein Risiko ein. Das Wetter ist nicht gerade dein Freund. Überleg jetzt gut, was du tun wirst. Ich wünsche dir von Herzen alles Gute! Heidi

  4. Corinne, prends soin de toi ! C’est vraiment le principal !!! Visiblement les difficultés accumulées deviennent assez désespérantes malgré tous les efforts et énergie déployée. Bravo déjà pour tout ce trajet parcouru! Chapeau bas !!! Je t’embrasse. Frédé

  5. Bonjour Corinne, Je te suis depuis ton départ mais j’étais dans une série de déplacements depuis plus d’1 mois (je suis maintenant en Turquie mais je débraille vendredi soir) et je ne t’ai donc pas écrit ni encore fait un don à Petit Prince. Je te soumets un plan B : descendre vers la Turquie en rentrant par la côte nord (le chemin inverse fait par ceux qui avaient pris la route vers la Turquie). Plus de problèmes de visa, des supers paysages, du soleil et des gens accueillant, sans compter que le fan club du suntrip sera près à t’ aider en cas de problème. Quand tu en auras assez de rouler, soit tu prends le train direction l’ Europe ou du descend jusqu´à Evalik, ferry pour Lesbos puis pour Athènes et avion (si cela t’ arrange tu peux laisser ton vélo chez moi à Athènes le temps que tu veux) et je de déposerai les clef pour que tu puisse aussi camper chez moi. Je me suis dit que ca pouvait t’aider qu’on te parle d’un plan B. Je t’embrasse et te remets un mot bientot

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