Étape n° 24

SUNTRIP 2018 : Étape 24, LA CAMPAGNE PAUVRE

Vendredi 13 Juillet, arrêt à Troitskoye

Bilan vélo: 176 km, moyenne 23 km/h, vitesse maxi 46,9 Km/h, durée 7h39, régénération 3,5%, 1631 W-h consommés soit 8,9 W-h/km, 32,14 Ah

Fournie par les panneaux voltaïques 813 Wh

Je m’aperçois de ma vitesse maxi, 46,9 Km/h, c’est trop et dangereux, je me suis encore faite embarquer dans une descente sans m’en rendre compte, j’ai eu la chance d’avoir un avertissement sans frais, je n’en aurais pas 2.

J’ai donc démarré ma journée après un solide petit déjeuner avec la mère prévenante et délicate. Comme son mari n’est plus présent, elle même est plus présente à mes côtés mais toujours cette barrière redoutable de la langue.

Je reprends la route avec comme premier objectif : atteindre Koursk pour pouvoir acheter une carte SIM afin d’être en mesure de vous envoyer ma newsletter quotidienne. La route est toujours la même pour toute la traversée de la Russie, la route E38, une grande route très passagère en particulier pour les camions qui doivent sûrement l’emprunter quand ils veulent traverser la Russie (en plus du trafic local).

Arrivée à Koursk, il me faut trouver un magasin vendant des cartes SIM. Je m’arrête au premier magasin trouvé (une pharmacie …) et j’explique ce que je souhaite acheter. Elle m’indique le magasin en face qui est un magasin d’alimentation. Je suis un peu étonnée mais ce magasin a une mini galerie marchande avec un vendeur de téléphone. J’ai enfin trouvé. Mais acheter une carte SIM pour un étranger n’est pas simple car elle doit être enregistrée avec passeport. Je suppose que les vendeurs ont l’obligation de faire cela et de transmettre à la police. Je ne comprends rien aux différentes propositions faites, aussi je prends la plus chère qui vaut 8€. A présent, je sais qu’on peut les recharger dans les banques et dans les magasins, si celle-ci s’avérait être vide. Je ne sais pas combien de Go j’utilise dans tout cela. Mais c’est très appréciable de ne plus être coupée du monde comme hier (quelle dépendance !…). De plus j’ai acheté une application qui me permet de dialoguer avec les personnes rencontrées « Parlez et traduisez ». Je verrais ce soir, ce que cela donne.

Je repars direction Voronej sur toujours la même route avec autant de trafic. À un moment j’ai une scène surréaliste. De temps en temps la bande d’arrêt d’urgence se rétrécit, ce qui m’oblige à rouler sur la voie de droite et comme c’est une 2 voies, pour me doubler, il faut attendre que la voie d’en face soit libre. Arrive un camion derrière moi. Il y’a des voitures en face donc il ne peut pas me doubler. À droite j’ai 10m d’herbe en pente douce. Il me klaxonne. Je ne peux rien faire …donc je ne fais rien. Il me reklaxonne et évidemment sans aucun résultat, puisqu’à part sortir de la route, je ne peux vraiment rien faire. Et là, il me colle aux fesses, Klaxon bloqué et ce pendant un km, le temps que la voie d’en face soit libre . Je ne sais pas si vous imaginez le stress. Comment peut-on être aussi stupide ? Pendant une heure, j’aurais des bourdonnements dans les oreilles. L’imbécilité de certains conducteurs existe vraiment dans tous les pays.

Je continue ma route mais le soleil est très souvent caché alors je ne recharge pas beaucoup. Je risque donc d’avoir encore les batteries comme facteur limitant du nombre de km. Et vers 18h, je suis presque au minimum de ma batterie. Mais c’est étonnant, le long de cette route, il n’y a aucune maison et quand je dis aucune, c’est vraiment aucune. Donc, si je veux trouver une maison ce soir, il va falloir que je m’éloigne de la route. À un moment, pour la première fois, je vois une série de 10 maisons environ parallèles à la route et à 300m. Je sais que c’est ma dernière chance avant le camping sauvage car là vraiment les batteries sont complètement à plat.

Je m’engage sur une petite route et je regarde. Je suis en bordure de toutes petites fermes pauvres. Cela ne va pas être facile pour moi de trouver un point de chute. Je rencontre une première femme qui ne veut pas lire le texte préparé et qui me regarde comme si j’étais un OVNI. Je rencontre une 2ème femme qui fait du vélo avec sa petite fille. Elle lit le texte et … me fait comprendre de passer mon chemin. Vais-je faire du camping sauvage ? Il me reste 2 maisons. Devant l’une d’elle, 2 femmes discutent avec un homme tenant un licol à la main. Là, il faut que je réussisse. Je sens que c’est ma dernière chance.

Une des 2 femmes a souri en voyant mon vélo. Je m’adresse donc à elle et je lui tends avec un grand sourire l’iPhone. Elle lit tout haut le texte, puis tous ensemble, ils se mettent à débattre. Je comprends qu’elle est prête à accepter mais que les 2 autres lui conseillent de ne pas le faire. Cela débat sec. Je comprends que l’homme est le mari de celle qui voudrait accepter. Il a un visage fermé, presque hostile. Je sens que le camping sauvage s’approche. Je fais une dernière tentative. Je sors le chargeur de la sacoche et tends la prise à l’homme. Il l’a saisit puis tourne les talons …et revient avec une rallonge. C’est gagné mais cela a été dur. Alors la femme s’approche de moi et me pose plein de questions. Et c’est là que je vois que l’application marche bien car hormis le temps de latence dû à la traduction, on peut dialoguer. Elle m’indique un endroit où je peux planter ma tente

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Je monte tranquillement la tente, puis elle vient me chercher pour que je puisse me laver. Enfin, je vais pouvoir me laver. Et là, il y a une vrai petite salle de bain rustique mais avec une baignoire comprenant une douche. Elle commence à me faire couler un bain chaud, je n’en reviens pas. Elle me donne même une serviette. Une fois seule, j’arrête l’eau à 10 cm de hauteur car je ne veux pas abuser. Mais même avec si peu d’eau, c’est un régal. Quel plaisir d’être propre, on oublie souvent toutes les facilités que l’on a.

Puis la femme me fait signe de la suivre pour venir manger. Et on s’installe toutes les 2 pour manger: menu, assiette de pomme de terre avec petits concombres et verre de lait chaud (Thierry toi qui déteste le lait, tu aurais été à l’aise). Je sens que le lait est une offrande, je le bois et me vois aussitôt reservie d’un 2 éme verre de lait. Je me dis que je suis partie pour une belle diarrhée !…Pendant le repas, elle me posera plein de questions sympa sur le voyage. Elle est pleine de bon sens et ces questions sont vraiment pertinentes.

Puis je vais me coucher. Je vais me laver les dents dans la salle de bain et je vois que la femme est entrain de laver la baignoire à l’eau de javel. Elle doit avoir peur que je sois un vecteur de maladies. Cela m’amuse.

En préparant le coucher sous la tente, je m’aperçois que j’ai oublié mon tapis de sol, mais je n’ai pas le courage d’aller le chercher, je dormirais donc sans et aussi bien que d’habitude. Au matin, vers 5h, il y a de l’activité autour de moi. Cela ne me pose aucun problème puisque c’est l’heure à laquelle je dois me lever pour pouvoir vous écrire.  Je me lève donc et plie la tente. Pendant ce temps, la femme est assise sur un banc et attend le passage du collecteur de lait.

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Comme vous pouvez le voir, la collecte se fait au seau de lait et non au bidon de lait. Il n’y a que 2 seau à collecter. Cela doit vraiment être un faible apport financier. Puis elle revient s’assoir sur son banc et son mari la rejoint. Ils me regardent plier la tente, je suis vraiment leur attraction du moment.

Puis je leur explique que maintenant je dois écrire. La femme m’apportera du café et 2 carrés de quelque chose qui ressemble à de la guimauve mais qui n’en est pas.

Je les prends en photo devant le vélo et leur dit au revoir.

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Ce que je retiens de cette halte, c’est le fait d’avoir été confronté à la pauvreté profonde des petits paysans russes. Ce n’est pas facile de les approcher. Ils savent aider mais avec une rudesse qui doit être la leur au quotidien. On sent aussi l’alcoolisme présent car hier soir, un couple ivre est arrivé pendant que je montais la tente et la femme excédée les a littéralement jeter dehors.

3 réflexions sur « Étape n° 24 »

  1. Encore une fois ces personnes partagent le peu qu’ils ont avec une étrangère qui vient à l’improviste!
    Bon courage Bernadette,

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