Étape n° 23

SUNTRIP 2018, ÉTAPE 23, UNE FORMIDABLE SOLIDARITÉ RUSSE

Jeudi 12 juillet, arrêt 70 km environ avant Koursk

Bilan vélo: 142 km en 6h25, moyenne 21,3 km/h et maxi 42,7 km/h

2,5% de régénération, 1208 Wh consommées soit 8,6 Wh/km, 24,73 Ah

Fournit par les panneaux solaires ; 526 Wh

Après une bonne nuit à l’hôtel, je me lève et il pleut. C’est toujours difficile de partir sous la pluie et le moral en prend toujours un petit coup. Je me protège le haut du corps mais pas le bas qui va être trempé car le pantalon de pluie me comprime trop le genou. Par chance, la pluie s’arrêtera 5 mn après mon départ. Je prends donc la route qui même à la frontière russe.

C’est le prolongement de la M01 que j’ai suivi déjà des dizaines de km et le revêtement est bon. Je roule bien et tranquille, profitant des 2 heures matinales (de 7 à 9h où il n’y a pas beaucoup de voitures ni camions). Ce sont définitivement les meilleures heures pour rouler.

Le GPS me fait tourner à droite (j’obéis toujours au GPS !…), j’emprunte 1km de bonne route puis cela devient l’enfer. J’avais été prévenu de la mauvaise qualité de la route par les autres concurrents mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Cela commence par des trous espacés sur la route, ce qui est banal

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Puis cela dégénère totalement car cela devient une route qu’avec des cailloux donc certains sont gros (risque de casse de rayons ou d’abîmer un pneu).

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A un moment, cela devient si difficile (risque de chute) que je descend pour pousser Petit Prince, mais la piste est tellement mauvaise que l’effort physique pour arriver à maintenir Petit Prince droit est trop fort, le vélo déséquilibrer m’entraîne, il faut donc mieux que je remonte dessus.

Et cela durera 5 km et c’est vraiment long dans ces conditions. Puis enfin, je retrouve une route goudronnée mais en mauvais état. Cela reste gérable.

Contrairement à ce que m’avait dit un concurrent Michaël, il reste une ville avant la frontière et celle-ci avaient des motels, j’aurais donc pu avancer hier jusque là. L’entrée de cette ville se fait par une porte, c’est la première fois que je vois cela

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Je franchis cette ville sans problème grâce au guidage vocal et je me retrouve à nouveau sur une route très dégradée mais qui reste à base de route (pas de cailloux, juste beaucoup de trous) et soudain, tous les sens en alerte, il y’a quelque chose ne va pas sur mon vélo. Je m’arrête immédiatement car j’ai reconnu le comportement du vélo précédant juste ma grosse chute. Je descends de vélo et je regarde ma roue arrière, elle est crevée !… Pas de chance. Je la gonfle en me disant que la dernière fois, j’ai réussi à rouler 80 km après l’avoir regonflée, alors peut être que là aussi. Mais 2 km plus loin, la roue est à plat à nouveau. Là je suis mal car je suis en pleine campagne au niveau de nul part et à 5 km de la frontière russe. Personne ne m’a doublée depuis la sortie de la ville. Et je sais que seule je n’y arriverais pas car la roue (qui est la roue motrice) est trop lourde pour que je puisse la changer seule (c’était déjà le cas avec la roue BION X au Canada). Il me faut donc trouver de l’aide et la seule aide que je peux trouver est une camionnette ou un camion pour m’emmener jusqu’à la frontière, puis une fois la frontière franchie, trouver un autre camion pour aller jusqu’à un réparateur de pneus car je sais que j’ai peu de chance de trouver un réparateur vélo.

Je me gare et j’attends: en un quart d’heure, une voiture et 2 motos passent. Que faire ? A part attendre et avoir de la chance, je ne vois pas. Soudain une camionnette blanche arrive. Je me mets carrément au milieu de la route pour l’arrêter. Je ne risque rien car avec les trous de la route, tout le monde est obligé de rouler doucement. La camionnette s’arrête et je lui montre mon vélo à plat en lui faisant comprendre que je veux aller jusqu’à la frontière russe. Et la grande déception, il va dans cette direction mais il s’arrête avant. Je le remercie et je suis complètement dépitée. Il me regarde, regarde mon vélo, puis soudain, il me dit OK. Ouf première étape de l’opération sauvetage. Il ouvre sa camionnette, en sort une trousse à outil et en 2 mn la remorque est détachée. Et là, je n’en crois pas mes yeux, il prend la remorque dans ses bras (elle doit peser 45 kg) et la met tout seul dans la camionnette. Je suis sidérée par sa force physique. Puis ré belote pour le vélo. Tout cela tient bien serré et dépasse. Et hop, avec un tendeur, il ferme les portes. Honnêtement, tout cela a pris 5mn, je n’en reviens pas de tant d’efficacité.

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Et nous voilà parti pour la frontière. Je me dit que je vais bousiller le pneu en passant les 2 frontières car il est totalement à plat et l’ensemble doit peser 80 kg mais que faire d’autre ? Arrivés à la frontière Ukrainienne, au lieu de m’arrêter et de ma laisser, à ma grande stupéfaction, il continue jusqu’aux douaniers, sort son passeport et me demande le mien. Il discute avec les douaniers, ouvre les portes du camion pour montrer mon vélo crevé et sûrement expliquer pourquoi je suis à côte de lui. Une fois la frontière, il sort un deuxième passeport qu’il me montre, il est aussi russe. Il a donc les 2 nationalités. Et là on se dirige sur la frontière russe que tout le monde a décrit comme terrible: 3h minimum de passage, 3 contrôles successifs et douaniers très peu aimables. Je pense que je vais être descendue là. Je n’oublie pas qu’il n’allait pas dans cette direction et il a déjà perdu du temps avec moi. Mais pas du tout, il continue, je n’en reviens pas. Le premier contrôle est franchi en 5 mn, le deuxième est plus long, il prend 10 mn, il descend, ouvre à nouveau les portières, montre le vélo, discute avec le douanier en me montrant et tout se passe bien, le troisième contrôle est le plus long car il y a inspection totale du véhicule y compris le dessous des véhicules, il y a un chien anti drogue qui traine entre les véhicules et examen du passeport à fond. Je dois donc là descendre du véhicule et présenter mon passeport à une douanière. Elle regarde mon passeport à fond, plaisante en souriant en regardant tous les pays que j’ai traversés (je suis sûre qu’elle ne doit pas en voir des remplis à ce point bien souvent) puis me rend mon passeport après avoir rempli un bulletin d’entrée que je devrais présenter à la sortie.

Quand je reviens près du véhicule, remorque et vélo sont sortis. Un douanier me demande d’ouvrir les sacoches de mon vélo, il regarde dedans et je vois que cela l’amuse. Quant à la remorque, ils ne l’ouvriront pas. C’est fini et je vois ce chauffeur reprendre à bras le corps, remorque et vélo pour les remettre dans la camionnette. Il aura donc fait cela 3 fois et toujours à la même vitesse. Passage de la frontière, 30 mn montre en main avec des douaniers souriants. Je pense que je détiens le record des concurrents du passage le plus rapide de la frontière russe. Une fois la frontière franchie, je me dis qu’il va me descendre, mais pas du tout, on enchaîne jusqu’au premier village (5km environ après la frontière), où là il s’arrête plusieurs fois pour demander quelque chose aux gens et il finit par trouver ce qu’il recherche un réparateur de pneus.

Il descend le vélo et le montre au mécanicien

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Celui-ci est d’accord pour faire la réparation, il descend donc ma remorque et se met au volant de sa camionnette. J’ai juste le temps de le remercier qu’il est reparti dans l’autre sens pour ré franchir les 2 frontières, ce qu’il n’avait visiblement pas prévu de faire le matin.

Que dire devant tant de gentillesse: que c’est quelqu’un de formidablement gentil. Mon premier contact avec un russe est extraordinaire car il m’a aidé totalement. BRAVO MONSIEUR

Pendant que le mécanicien s’affaire sur mon vélo, je réalise que je n’ai pas de quoi le payer. Il y a un autre client dans le garage, je lui demande où je peux trouver un distributeur et une carte sim pour mon iPhone car je n’ai plus du tout accès à internet (sauf payer un prix fou orange dont le réseau ne marche pas du tout en Russie). Et hop me voilà embarquée en voiture pour aller jusqu’à un distributeur où je ne comprends rien du tout à ce qui m’est proposé et c’est l’homme qui m’accompagne qui fait toutes les démarches jusqu’au code secret où il s’éloigne discrètement. Ouf, j’ai de l’argent. Mais impossible de trouver une carte Sim, on m’explique que je ne trouverai cela que dans les grandes villes. Me voilà de retour dans le garage et là j’ai un coup au cœur, plus de vélo. Et j’ai en face de moi maintenant 5 personnes qui rigolent en me regardant. Je suis atterrée. Où est passé mon vélo, ils finissent par me montrer la route sur laquelle un homme zig Zagreb sur la route, comme un homme ivre sur Petit Prince. Je suis très en colère mais je ne peux rien dire. S’il tombe, il peut me casser quelque chose et ce n’est pas le moment. Il finit par arriver. Je récupère Petit Prince et je m’en vais après avoir payé la réparation (4€ environ).

Et je reprends la route. Comme il n’y a pas de soleil, je sais que mon autonomie est de 130 à 140 km. Il me faut faire attention aux animaux sur la route, ici 3 troupeaux d’oie.

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Les paysages par moment sont très beaux

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Donc une fois 130 km atteint, je me mets en chasse. Je suis dans une zone de campagne donc pas de motel, je vais donc devoir frappé à une maison, mais comme toujours, comment choisir ?

Je vois 2 hommes discutés dont l’un est avec une poussette d’enfant. Je m’arrête et m’adresse à lui. Je lui montre le texte russe sur mon iPhone que Tanya m’a fait. Ce texte explique qui je suis, où je vais et l’aide dont j’ai besoin. Je suis anxieuse en le regardant. Est-ce que cela peut marcher ou non. L’homme lit très attentivement me sourit et me désigne sa porte d’entrée. Tanya, cela a marché pour le premier jour.

L’endroit est pauvre, mais comme toujours très chaleureux. On commence par brancher Petit Prince, puis je le couvre pour la nuit afin de le protéger de toute pluie.

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Sur cette photo, on voit une petite maison neuve. C’est souvent le cas, on a une petite maison ancienne et une petite maison nouvelle. Là vous voyez la cour qui est le centre de vie de la maison

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Derrière la maman, vous voyez l’ancienne maison qui est devenue le centre de vie avec cuisine et salon, salle à manger (20 m2). La porte ouverte au fond donne sur des toilettes extérieures.

On me sert un excellent repas, pâtes avec viandes hachés et aubergines roulés avec une espèce de crème. Comme cela sera mon seul repas de la journée, je mange avec entrain.

Le soir, on me donne une des 2 chambres de la nouvelle maison (pas question de tente ni que je sorte mon sac de couchage). Par contre, je n’ai pas pu me laver. Le seul point d’eau est l’évier dans la cuisine donc pas d’intimité possible. Il faudra que j’achète des lingettes pour  ce genre de situation.

Après une bonne nuit, je vous écris et je suis prête à partir pour une nouvelle journée.

Au lever, la maman m’attend pour me préparer un solide petit déjeuner et en plus me donner le repas de midi

Merci à cette famille d’avoir eu la grande gentillesse de m’accueillir de façon si sympa et conviviale. Merci d’avoir fait l’effort de me recevoir

8 réflexions sur « Étape n° 23 »

  1. Bravo Corinne pour ta ténacité! Tu as une bonne étoile sur la tête car tu trouves toujours les bonnes personnes. Celles ci doivent sentir que l on peut te faire confiance. Il faut que ce soit comme cela jusqu’ au terme de ton incroyable aventure! Bonne nuit, Corinne. Remets toi bien de cette journée. Bisous

  2. Hallo Corinne, ein Schutzengel begleitet dich, dass du immer wieder Menschen findest, die dir weiter helfen. Möge es weiterhin so sein!

  3. Corinne, tu m’as bien fait rire avec, contre toute attente, ton passage éclair de la frontière russe et la description de « l’enlèvement » de Petit Prince dans la camionnette. Ceci dit, il va falloir que ta roue arrière cesse de te jouer des tours. Mais tu as quand même de la veine à chaque fois de tomber sur la personne qui connaît LE mécanicien du coin… Non seulement tu as emmené avec toi le Petit Prince mais sa bonne Étoile l’a accompagné et s’est mise à ton service… Bonne nuit !

  4. Bravo tu as de la chance de tomber toujours sur de bonnes personnes. Cela fait chaud au cœur de voir qu’il y a autant de personnes chaleureuses et accueillantes de façon aussi gratuite.
    Continue tu es top!!

  5. Bravo, bravo Corinne, je vois que tu as passé le cap des 3.000kms, et tu as battu le record de vitesse pour le passage de la frontière Russe, ça c’est une vraie performance dont tu peux être fière!
    Bien sûr, tout ne peut pas se passer sans problème, du coup tu t’es « offert » une crevaison, quelle galère, mais quelle chance de tomber sur ce Monsieur à la camionnette blanche. Je suis d’accord avec tes followers, la Bonne Etoile du Petit Prince est vraiment avec toi. Tu n’imagines pas ce que c’est que de lire ainsi ton aventure, et la manière dont tu rebondis à chaque difficulté. Merci de prendre le temps de nous écrire ainsi, et merci également pour les photos, c’est toujours sympa de voir l’environnement et les gens qui t’accueillent avec autant de générosité.
    Bonne route en Russie, j’espère que tu vas pouvoir profiter de beaux paysages.
    Je t’embrasse très fort
    Odile

  6. Merci Corinne de prendre de ton précieux temps pour nous faire partager tes incroyables journées. Que d’aventures impressionnantes que tu sais toujours transformer en opportunités, c est tres impressionnant.
    Pour ton accident de velo, je pense que si la roue s est bloquée, l énergie de la remorque lancée et non freinée a dû pousser et soulever l arrière du velo, ce qui t’a ejectée. C est le problème de cet engin qui n est plus tout à fait un vélo.
    Bravo aussi à tout le staff qui te soutient techniquement. Je crois que ton interprète préférée te sera d’un grand secours.
    Courage, mais fais quand même attention à toi
    Bises

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